13. L'escalier montant au ciel

 

13.  L’Escalier montant au ciel

 

   Les journées raccourcissaient et devenaient plus fraîches, c’était presque l’hiver. Il était temps de préparer la pile de bois qui permettrait d’alimenter la cheminée afin de faire face au froid rude qui allait bientôt descendre sur l’heureuse petite vallée. Le chef de famille était occupé à fendre du bois lorsqu’il aperçut du coin de l’œil une petite paire de chaussures. Il leva les yeux et vit un jeune garçon qui l’observait. « Mon papa peut couper du bois plus rapidement que ça. » « C’est vrai ? répondit l’homme, plutôt amusé par l’audace du jeune garçon. « J’en suis persuadé ! » « Mon papa peut tout faire. Il est le meilleur. » « Eh bien tu es privilégié d’avoir un tel papa. »

   Telle était la simplicité de mon enfance, à l’époque où maman et papa ne pouvaient rien faire de mal et qu’ils étaient les personnes les plus formidables qu’on puisse imaginer. D’une certaine manière, j’aurais aimé rester dans cet état de candeur, mais ce ne fut pas le cas. Après une courte période de temps passée à l’école, j’ai commencé à m’adapter au cycle constant des comparaisons, cherchant à trouver ma place dans la petite communauté des enfants avec qui je partageais mon expérience scolaire. A l’école primaire, le niveau de comparaison n’était pas aussi intense, et pour cette raison, j’ai de bons souvenirs de la plupart de mes premières années scolaires. Il y avait beaucoup de bricolage, de jeux et d’activités et, dans l’ensemble, c’était très amusant. Mais parfois j’avais un aperçu de ce qui m’attendait et j’expérimentais le goût aigre/doux du royaume Duracell.

   Lorsque j’ai eu sept ans, ma famille a déménagé dans un nouvel endroit et j’ai dû m’intégrer à un nouveau groupe d’enfants. Je me suis vite fait des amis, mais j’ai aussi rencontré quelques jeunes très désagréables. Enfant, j’étais assez costaud et deux enfants très minces décidèrent de se moquer du fait que j’étais un peu plus enrobé qu’eux. « Gros lard », « Le Gros » et « Flemmard » sont quelques-uns des noms dont je me souviens. C’était une expérience horrible que beaucoup d’entre nous avons subie dans l’enfance. Cela recommençait jour après jour. L’ennemi des âmes utilisait ces garçons pour détruire mon sens de valeur. Sur le chemin de l’école, un matin, j’ai décidé que j’en avais assez. « Maman, je ne sortirai pas de la voiture, je ne vais pas à l’école. » « Bien sûr que tu vas y aller, mon garçon. » « Non, je n’y vais pas ! » Lorsque nous sommes arrivés, j’ai vu ce duo menaçant qui ressemblait à des vautours prêts à attaquer leur proie. Maman a ouvert la porte et a tenté de me déloger. Les minutes suivantes furent très intenses. En me débattant, je hurlai et me cramponnai à mon siège. J’agissais peut-être comme un garçon mal élevé, mais lorsque votre sens d’identité en tant que personne est écrasé, vous prenez les moyens de dernier recours pour vous sauver. Je ne me souviens pas exactement de ce qui s’est passé ensuite, mais je me rappelle que l’intimidation a cessé. C’était là un avant-goût de ce que l’avenir nous réservait.

   La cruauté manifestée par les enfants est le résultat brut et sans restreinte des principes du royaume comparatif de Satan. L’égoïsme et l’ingratitude effrontés révélés par les enfants peuvent souvent nous surprendre. Ces traits passent-ils avec le temps ? NON ! Comme nous l’avons appris, personne ne quitte ce royaume sans l’aide du Fils de David. A mesure que nous vieillissons, nous devenons tout simplement plus astucieux et plus raffinés.

   Lorsque j’ai atteint la moitié de mon cycle secondaire, j’étais bien programmé. J’apprenais à adorer le dieu de l’éducation, le dieu du sport et le dieu de l’apparence physique. Je voulais adorer le dieu de l’argent mais je n’avais pas d’emploi ! Tout, autour de moi, m’encourageait à lutter pour être le premier ; à lutter  pour atteindre mon objectif. J’avais appris que seuls les gagnants sont appréciés et que les perdants ne valent rien. A plusieurs reprises, mon désir de réussite scolaire a été plus fortement motivé par la possibilité d’atteindre la première place plutôt que de profiter du contenu de ce que j’apprenais. Je regardais des films à la télévision qui renforçaient cette croyance. Les acteurs principaux de sexe masculin étaient dépeints comme des héros qui n’avaient qu’à faire de grands exploits pour faire fondre le cœur des jeunes filles. Cela m’a appris qu’une relation était quelque chose à accomplir et que la jeune fille était beaucoup plus un prix qu’une amie. Bien sûr, on ne le disait pas de cette manière, mais tout cela se passait au niveau du subconscient.

   C’était le temps pour rêver. Je me couchais souvent sur mon lit et je rêvais de marquer les points permettant à l’Australie de gagner dans un match de cricket ou de marquer le but final ou de risquer ma vie pour sauver une jeune demoiselle en détresse. Ces rêves formaient le tissu de mon système de valeur.

   Plus je rêvais, plus je devenais déterminé à atteindre ces objectifs. Le plus dur, c’est que vous ne pouvez pas atteindre ces objectifs dans l’abstrait. Vous devez battre les autres. Je voulais des amis, mais je désirais l’accomplissement de mes rêves en premier. Je pouvais être courtois lorsque mes rêves n’étaient pas menacés, mais quand je sentais que mes rêves étaient remis en cause, c’était la guerre !

   J’ai travaillé dur afin d’atteindre mes objectifs. J’ai excellé dans le sport et dans mes études : deux sur trois, ce n’était pas si mal J. Puis, je suis entré dans une autre phase. Une fois que vous avez atteint le sommet, vous devez essayer d’y rester. Il vous faut être constamment vigilant afin de protéger votre précieuse position. Et qu’en est-il de votre réputation ? Que faire si vous n’êtes plus à la hauteur alors que vous vous êtes forgé une renommée ? Ce serait horrible, alors vous devenez encore plus résolu.

   Cette bataille a continué pendant un certain temps jusqu’à ce que je réalise qu’il me serait presque impossible d’atteindre tous mes objectifs. Cela m’a conduit à des éclats de rage ! Je pense que j’ai dû me sentir trahi. J’avais bien servi mes maîtres et maintenant ils se moquaient de moi. J’avais été formé dans un système qui ne pourrait jamais me donner un sens durable de la valeur et, pour cette raison, j’étais en colère.

   Beaucoup de gens ont du mal à discerner l’instabilité et l’autodestruction souvent démontrées par les jeunes gens. Pourquoi un si grand nombre d’entre eux se suicident-ils ou recourent-ils à la consommation excessive d’alcool et de stupéfiants ? Je crois que c’est souvent parce qu’ils se rendent compte qu’ils ne réaliseront jamais leurs rêves par les méthodes qui leur ont été enseignées. Ils ne seront jamais grands aux yeux des autres et c’est la raison pour laquelle ils s’autodétruisent.

   Je me souviens avoir joué un match de basket-ball. Les scores étaient proches et la pression montait. Le gars que je surveillais a soudain fait un bond vers le panier et lorsqu’il a soulevé le ballon je l’ai dévié de sa main. À ma grande déception, j’ai entendu le sifflet de l’arbitre et le mot « Faute ! » Je savais que je ne l’avais pas touché et tout d’un coup une rage jaillit en moi, cette colère à l’égard de ce système misérable qui m’avait promis le monde, et qui ne me donnait rien. Je me suis précipité vers l’arbitre et en me tenant à dix centimètres de son visage, j’ai protesté à haute voix. Quelque chose s’est brisé en moi et je ne pouvais plus garder mon sang froid. J’ai été immédiatement expulsé du terrain et exclu de la compétition. En quittant le terrain, je crois que Dieu m’a parlé. Je me suis demandé « Qu’est-ce qui t’arrive, mon gars, tu t’es vraiment lâché là-bas, tu as perdu le contrôle ! » C’était la première fois que je me voyais vraiment tel que j’étais et je remis en question la direction que je prenais. Dieu voyait que je commençais à chercher quelque chose de mieux, que je sentais qu’il devait y avoir une meilleure voie.

   L’ennemi de mon âme avait aussi compris cela et il  essaya de m’entraîner encore plus bas dans ma quête de prouver qui j’étais, comme un fumeur qui sent que le temps de cesser de fumer est arrivé et commence à fumer deux fois plus de cigarettes. J’ai commencé à me renfermer sur moi-même alors que mes rêves fondaient au soleil et j’étais de très mauvaise humeur. Un jour, ma mère vint dans ma chambre et commença à se plaindre de l’état dans laquelle elle se trouvait. Disons qu’elle était loin d’être bien tenue, comme la plupart des chambres d’adolescents. Tout à coup, je suis devenu furieux qu’elle soit venue dans mon espace et qu’elle me commande. Je murmurai quelques mots bien choisis et lui dis de me laisser tranquille.

   Il est intéressant de constater les différentes façons dont Dieu peut vous toucher. Beaucoup de mes amis appelaient leur mère « la vieille » ou utilisaient d’autres termes tout aussi « charmants ». D’une certaine manière, mon père a réussi à m’apprendre le respect pour mes parents et je m’étais juré de ne jamais parler de ma mère comme le faisaient certains de mes amis. Quand j’ai prononcé ces paroles à propos de ma mère, c’est comme si j’avais été dépouillé du dernier brin de dignité qu’il me restait. J’ai été choqué que je puisse dire de telles choses et ma dépression s’est aggravée. J’avais atteint un point où je ne me souciais plus de rien, et s’y trouver est très dangereux. J’avais le sentiment profond d’être arrivé à la croisée des chemins. Le chemin spacieux me faisait signe avec ses mâchoires grandes ouvertes remplies de vin, de femmes et de musique. De l’autre côté se trouvait le chemin étroit décrit dans la Bible. Allais-je suivre la religion que mes parents m’avaient enseignée ou allais-je me diriger, comme une comète flamboyante, sur le chemin spacieux. Je ne voyais aucune raison de prétendre que j’étais encore chrétien. Il était maintenant évident pour moi que même si j’avais été élevé dans une famille chrétienne, je n’étais pas un chrétien, et ne l’avais jamais été. C’était soit le Christ, soit le diable. Heureusement, j’ai décidé d’essayer de trouver le vrai Jésus de la Bible.

   J’ai résolu de lire un livre qui était dans notre maison depuis de nombreuses années. Ce livre était intitulé Vers Jésus. À ce moment-là, le titre semblait parfait pour mes besoins. J’ai commencé à lire poussé par la faim et le désir profond de trouver Christ. Il me fallait trouver l’escalier qui monte au ciel, parce que je ne pouvais plus supporter le royaume de Satan.

   Au début du livre, l’auteur explique que Jésus est venu dissiper les mensonges crus par la race humaine au sujet de Dieu, Il est venu pour montrer comment Dieu nous a vraiment aimés. J’absorbais ces paroles comme la terre desséchée lors des pluies d’été. L’auteur m’a invité à penser à Jésus dans le jardin de Gethsémané et à Le suivre à la croix.

   En imaginant ces scènes, je me sentis tout à coup comme si j’étais effectivement devant lui et que je Le regardais. Cet être sur la croix semblait très réel et j’ai ressenti cette forte impression qu’Il avait été crucifié parce qu’Il m’aimait et comprenait mon besoin désespéré d’échapper au royaume de Satan. J’ai ressenti que je pouvais lui faire confiance comme à mon ami fidèle et qu’il me conduirait dans le royaume céleste. Alors que je Le contemplais, un très fort sentiment de gratitude m’envahit en réalisant qu’Il était prêt à me sauver et je sentis disparaître immédiatement le poids de la culpabilité, de l’angoisse, de la dépression et de la peur que j’avais porté pendant des années. Une paix que je n’avais jamais ressentie auparavant est entrée dans mon cœur et j’ai pleuré de joie, encore et encore. Le Fils de David, avait pénétré mes ténèbres et les avait percées de la lumière du jour.