14. Mêmes dieux, noms différents

 

14.  Dieux identiques, noms différents

 

   La pièce était pleine de vie : l’activité, les rires, la musique et l’excitation de la jeunesse allaient bon train. Vers le devant de la pièce se trouvaient deux gros haut-parleurs martelant les rythmes directifs auxquels s’ajoutaient d’entêtants riffs de guitare. J’avais organisé une fête pour m’amuser avec un groupe d’amis – enfin, c’est ce que j’ai essayé de faire. J’allai m’asseoir dans un coin de la pièce où un jeune mouvementé décrivait une scène issue d’un des derniers films. Je me suis calmé, et j’ai essayé d’absorber l’atmosphère, mais quelque chose n’allait tout simplement pas. Je me levai, et sortis sur la terrasse de derrière, où je rejoignis certains Roméos qui racontaient leurs derniers exploits, alors qu’ils avaient capturés les femmes de leurs rêves. Non, là non plus, je ne pouvais tout simplement plus trouver ma place. « Mais qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » Ai-je pensé. La musique commençait à m’irriter les nerfs, et alors que je jetai un regard à travers la pièce, je vis une scène de film que je trouvai très offensante. La pensée me heurta de front, comme un train– Je déteste ça !

   Mon esprit a fait défiler quelques scénarios possibles. Jusqu’à présent, cela avait été ma définition du plaisir et maintenant, je ne pouvais plus le supporter. Quelque chose s’était emparé de mon cœur et il était maintenant impossible de maintenir le statu quo. Une pensée horrible sortit de l’abîme et me dit que ma vie de plaisir était désormais terminée et que je ne pourrai plus jamais m’amuser. Je me suis précipité hors de la maison en courant sur la pelouse, et le poing levé, j’ai crié : « Tu as détruit ma vie. »

   Pendant les quelques semaines qui suivirent mon expérience de la route de Damas, ma vie fut entièrement bouleversée. Je n’avais jamais senti autant de paix et la Bible devenait vivante. Je la dévorais et expérimentais une liberté que je n’avais jamais connue auparavant. Lorsque Jésus est venu dans ma vie, ça a fait boum. Tout à coup, j’ai pris conscience que mon langage était parfois inapproprié, que certaines de mes blagues étaient plutôt vulgaires et que certains aspects de mon style de vie étaient incompatibles avec la nouvelle direction que je prenais maintenant. J’étais en route vers un nouveau royaume. C’était comme aller dans un pays totalement étranger et apprendre la langue et les coutumes à partir de zéro. Je voulais apprendre parce que j’aimais le Seigneur de ce royaume mais j’avais été enseigné dans un royaume différent et c’est pourquoi il allait me falloir du temps pour m’ajuster.

   Ce n’est qu’à partir de la nuit de cette fête que j’ai réalisé la transformation radicale qui avait lieu. Depuis que Jésus avait conquis mon cœur par son amour, je ne pouvais pas résister à Son appel. Ainsi, la nuit de cette fête, alors que je faisais ce que je pensais être acceptable, je pus sentir qu’Il m’appelait à quitter ce genre de vie. Ne connaissant rien d’autre, je craignais que ce qui le remplacerait ne serait pas aussi bien. Il est si facile d’avoir peur de l’inconnu, même lorsqu’on sait que c’est juste. Dieu merci, j’ai choisi de faire confiance à Jésus, de croire qu’il prendrait soin de moi et qu’il valait mieux lui faire confiance plutôt que de me fier à mes sentiments.

   Après avoir accepté Jésus comme mon Sauveur, j’étais comme sur un nuage pendant des semaines. Je sentis une telle proximité avec Lui que ce sentiment m’est resté jusqu’à ce jour. Jésus a ouvert pour moi les écluses des cieux, mais Il devait à présent m’aider à enlever les germes de Duracell. Il devait m’aider à déraciner cette philosophie de vie qui faisait de ma performance et mes réalisations le centre de mon système de valeur. C’est un voyage que chaque enfant d’Adam doit entreprendre. La seule manière d’y arriver est de garder nos yeux fixés sur la lumière de la croix et d’embrasser hardiment les principes du nouveau royaume.

   J’ai commencé à participer à une réunion de prière avec mes amis. Ce premier soir, alors que nous étions agenouillés ensemble, je sentis le doux Esprit de Dieu nous envelopper, mais il y avait un autre esprit, celui  de mon ancienne vie qui me harcelait. Alors que nous priions en faisant le tour du cercle, une pensée me frappa : « Je ne peux pas prier comme le font ces gens, ils sont si éloquents. » Mon esprit semblait être enfermé dans cette pensée et alors que les prières du cercle se rapprochaient de moi, les battements de mon cœur commencèrent à s’accélérer. Bientôt, j’allais être sous les projecteurs et tout le monde allait m’écouter. Mais, attendez une minute, il s’agissait d’une réunion de prière au sujet de Jésus, pas de moi !

   Telle est la malédiction de Duracell. Bien que j’avais donné mon cœur à Jésus et que je cherchais à Le suivre, les principes de mon ancienne vie étaient encore prêts et disponibles pour me faire retomber et faire de moi-même le centre de tout le reste ; à mettre ma performance dans la prière au cœur de l’événement plutôt que ma relation avec Dieu dans la prière.

   Lorsque j’ai commencé à étudier la Bible, je me suis souvent senti incapable, car bien que j’avais grandi dans un milieu chrétien, je réalisais qu’en termes de connaissances bibliques, je n’avais pas passé le niveau de la maternelle. J’aimais écouter ce qui m’était enseigné, mais dans mon for intérieur, quelque chose continuait à me tracasser : « Comment peuvent-ils trouver ces versets si facilement, je ne pourrai jamais faire cela. » Je fouillais maladroitement, essayant de trouver le livre et le verset et je priais pour ne pas être le dernier alors que tout le monde m’attendrait – quel embarras ! Les années de formation que j’avais reçues à me comparer aux autres commençaient à remonter à la surface dans mon nouveau voyage de chrétien. Il était relativement facile pour le Saint-Esprit de me convaincre au sujet de mon langage et de mon style de vie, mais cela allait me prendre du temps pour réaliser à quel point les tentacules de Duracell étaient profondément enracinées.

   Au cours de mon cheminement, j’ai développé un amour profond pour la Bible. C’était l’une des meilleures façons de mieux connaître mon Héros  qui donna Sa vie pour moi. J’aimais tellement étudier au sujet de Jésus et c’était une grande bénédiction, mais mon ancienne vie était prête à me piéger. Avec le temps, j’ai commencé à remarquer que les gens qui m’entouraient avaient beaucoup moins de connaissances bibliques que moi. Ma connaissance biblique grandissante me donnait plus d’assurance pour prendre la parole et bientôt je dirigeais de petits groupes, puis de grands groupes dans l’étude biblique. Encore une fois, ce fut une réelle bénédiction pour moi et pour ceux qui m’entouraient, mais lentement et sûrement, je revenais vers une plateforme où la valeur par la performance prend la place de la valeur par la relation. Cela s’est produit lentement et imperceptiblement mais cela avait lieu. Rétrospectivement, je réalise que pour beaucoup d’entre nous, nous avons les mêmes dieux mais avec des noms différents.

   Si vous considérez le tableau ci-dessous, vous pouvez voir combien il est facile de croire en la Bible, mais de vivre comme le monde. Je ne parle pas d’avoir un style de vie dépravé, mais d’obtenir votre valeur par ce que vous accomplissez.

 

Dans le monde

Dans l’Église

Education

Connaissance biblique

Capacité athlétique

Capacité de parler en public

Travail

Fonctions dans l’Église

Possessions

Dons spirituels

Apparence physique

Défilé de mode dans l’Église

Nationalité

Théologie conservatrice/libérale

  

   Pour beaucoup d’entre nous, la marche avec Jésus est détournée par le pouvoir insidieux de Duracell. Quand je regarde à l’église d’aujourd’hui, je vois que les dieux que nous avons cherché à fuir dans le monde nous ont retrouvés dans l’église. Ils se sont revêtus de vêtements de lumière et nous les avons accueillis comme de bons amis. Le résultat inévitable est la colère, l’amertume et la dispute dans l’église.

   Il est tellement facile d’avoir l’air d’un saint dans l’église, mais qu’en est-il de la personne assise de l’autre côté qui ne vous parle pas parce que vous avez dit quelque chose à son sujet dans son dos et qu’elle l’a appris ? Et qu’en est-il de la pianiste qui a rejoint une autre église, parce qu’on lui a dit que sa musique n’était pas à la hauteur ? Qu’en est-il de la police doctrinale qui rôde dans les rangs de l’église afin de trouver ceux qui ne souscrivent pas à leur définition de l’orthodoxie, afin qu’ils puissent les exclure de l’église ? Que dire de ces « esprits libres » qui cherchent à prendre le contrôle du comité de louange et à obliger tout le monde à suivre leur nouveau style d’adoration - tant pis pour ceux qui ne l’aiment pas ? La liste est sans fin et le grand ennemi de nos âmes sait que tant qu’il peut nous faire danser sur cette musique, nous serons encore essentiellement des sujets de son royaume.

   La plus grande preuve que nous sommes encore paralysés par les principes du royaume de Satan est le haut niveau de désunion et de manque d’amour chrétien dans l’église. Si nous considérions vraiment nos relations comme Dieu considère les Siennes, il y aurait beaucoup plus d’amour dans l’église et davantage d’égards dans la manière dont nous nous traitons les uns les autres.

   Il est très intéressant de constater que ce transfert subtil de dieux depuis le monde vers l’église dans nos expériences personnelles a aussi eu lieu dans l’expérience de l’église organisée. Au cours du quatrième siècle, lorsque l’empereur Constantin « embrassa » le christianisme, il y eut toute une série de changements dans l’église chrétienne. Il est particulièrement intéressant de voir qu’un grand nombre de statues des dieux païens se trouvant dans le Panthéon furent transférées dans l’Eglise chrétienne et que leurs noms furent simplement changés en caractères bibliques comme Moïse, David et Pierre. Les mêmes dieux, des noms différents ! Peu importe comment vous l’habillez, c’est toujours païen et que pouvons-nous dire aujourd’hui ? C’est une chose d’attaquer l’église organisée pour son apostasie de la vérité apostolique. C’est est une autre de voir les mêmes principes à l’œuvre dans nos propres vies. Assurons-nous d’enlever la poutre de notre œil avant de chercher à ôter la paille de l’œil de notre frère.

   Il est intéressant d’étudier le parcours des hommes les plus ardents pour Christ - Ses disciples. La question du pouvoir et de la position revenait souvent à la surface. Considérons quelques passages des Écritures :

À ce moment les disciples s’approchèrent de Jésus, et dirent : Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? Matthieu 18 : 1

   Il y a une raison et une raison seulement pour laquelle les disciples posèrent cette question - l’intérêt personnel. Les disciples croyaient que Jésus était le Messie, le Christ. Ils étaient enthousiastes et passionnés au sujet de leur foi en Lui. Certains étaient même prêts à mourir pour lui, mais tout comme lorsque je me préparai à prier et que mon esprit passait de ma relation à ma performance dans la prière, les disciples passèrent de leur relation avec le Messie à leur position dans Son nouveau royaume.

   Les fils de Zébédée, Jacques et Jean s’approchèrent de Jésus, et lui dirent : Maître, nous voudrions que tu fisses pour nous ce que nous te demandons. Et il leur dit : Que voulez-vous que je fasse pour vous ? : Accorde-nous, lui dirent-ils, d’être assis, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, quand tu seras dans ta gloire. Marc 10 : 35-37

   Le dieu de la position et du statut avait pris le dessus sur les principes du nouveau royaume que Jacques et Jean apprenaient, au point qu’ils demandèrent à Jésus s’ils pouvaient s’asseoir à Sa droite et à Sa gauche dans Son royaume. Heureusement, Jésus ne s’est jamais lassé de leur échec continuel à abandonner les principes de l’ancien royaume. Il comprend qu’il nous faut du temps pour réaliser à quel point les principes du royaume de Satan sont profondément enracinés. Le problème que nous rencontrons est que lorsque nous permettons aux anciens principes de prendre le dessus, la chose suivante se passe :

   Les dix, ayant entendu cela, commencèrent à s’indigner contre Jacques et Jean. Marc 10 : 41

   Lorsque nous permettons aux principes de l’ancien royaume de nous gouverner, il en résultera toujours des disputes. L’action de Jacques et Jean mit les autres disciples en colère. Pourquoi ? Parce qu’ils envoyaient le message « nous sommes meilleurs que vous. » Telle n’était peut-être pas leur intention, mais le résultat est presque toujours le même. Jésus saisit cette occasion pour essayer d’expliquer à quel point le royaume de Dieu était différent de celui dans lequel ils avaient grandi. Ils devaient apprendre à penser différemment.

Jésus les appela et leur dit : Vous savez que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les dominent. Il n’en est pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur ; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu’il soit l’esclave de tous. Car le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. Marc 10 : 42-45

   Que ces paroles résonnent à toujours dans nos oreilles ! Si vous souhaitez être grand dans le royaume de Dieu, apprenez à servir les autres plutôt qu’à les manipuler et à les contrôler. Jésus nous dit que les païens (Gentils) dominent les autres, qu’ils ont du plaisir à exercer leur autorité et à leur faire savoir qui est le chef. Curieusement, ce même esprit dirige souvent l’église par différents membres qui cherchent à imposer leur volonté et leur autorité. Deux mille ans ont passés depuis la croix, et beaucoup d’entre nous ne sont pas sortis de l’école maternelle.

   Pour quelle raison l’ennemi de nos âmes a tant de facilité à nous ramener dans nos anciennes façons de penser ? Comme nous l’avons exprimé plus tôt, c’est notre profond sentiment d’insécurité qui permet si facilement à Satan de nous pousser à nous affirmer. À moins de nous souvenir de la manière dont nous pouvons obtenir notre valeur, il nous sera impossible de résister à la tentation de changer les pierres en pain afin de prouver notre importance.

   Il est une chose que je trouve très effrayante au sujet de ce principe Duracell qui s’attache à nous avec autant de ténacité. Jésus fut le meilleur enseignant que ce monde ait jamais vu. Il passa plus de trois années avec ses disciples, les enseignant autant qu’Il le pouvait au sujet du royaume des cieux et même après cela, nous savons que la nuit même de sa crucifixion, les disciples étaient encore contrôlés par les principes de l’ancienne vie.

Il prit de même la coupe, après le souper, et la donna, en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous. Cependant voici, la main de celui qui me livre est avec moi à cette table. Le Fils de l’homme s’en va selon ce qui est déterminé. Mais malheur à l’homme par qui il est livré ! Et ils commencèrent à se demander les uns aux autres qui était celui d’entre eux qui agiraient ainsi. Il s’éleva aussi parmi les apôtres une contestation : lequel d’entre eux devait être estimé le plus grand ? Luc 22 : 20-24.

   Le soir même de la plus grande manifestation de l’amour dont l’univers n’avait jamais été témoin, ceux qui étaient le plus proches de Jésus, qui en savaient plus que quiconque au sujet de son royaume, se disputaient pour savoir lequel d’entre eux était le plus grand. La tristesse de Jésus à ce moment a dû être immense ! Se peut-il que ceux d’entre nous qui prétendent être des disciples de Jésus répètent les mêmes erreurs que les disciples - étant de fervents disciples de Jésus, tout en nous disputant pour savoir lequel de nous est le plus grand ?

   C’est une chose que d’être contrôlé par les principes Duracell dans le monde, mais c’est encore pire d’être contrôlé par ces principes dans l’église. Que Dieu nous aide à être libérés de ces principes égoïstes afin que nous puissions jouir de la plénitude de la joie de Son royaume !