26. Evoluer sur une plateforme solide

 

Chapitre 26 – Evoluer sur une plateforme solide[1]

 

A. Les pionniers reçurent de grandes lumières au sujet de la personne du Christ

   Ellen White décrit l’expérience des Adventistes comme ayant été guidée pas à pas vers une plateforme solide.

   Je fus de nouveau ramenée à considérer ces messages, et je vis à quel prix les enfants de Dieu avaient acquis leur expérience. Ils l’avaient obtenue à travers bien des souffrances et des luttes. Dieu les avait dirigés pas à pas, jusqu’à une plateforme solide et inébranlable (Premiers Ecrits, p. 259).

   A un autre endroit, Ellen White rappelle l’étude intense et les prières qui eurent lieu afin de comprendre la vérité.

   Alors que la date de 1844 s’était écoulée, nous cherchions la vérité comme un trésor caché. Je rencontrais les frères, puis nous étudiions et priions avec ardeur. Souvent, nous restions ensemble jusque tard dans la nuit, et parfois la nuit entière, priant pour la lumière, et étudiant la Parole. Encore et encore, ces frères se rencontrèrent pour étudier la Bible, afin de connaître sa signification, et être à même de prêcher avec puissance. Alors qu’ils arrivaient à un point de leur étude, disant « Nous ne pouvons plus rien faire », l’Esprit du Seigneur descendait sur moi. J’étais enlevée en vision, et des explications claires m’étaient données sur les passages que nous avions étudiés, avec des instructions sur la manière dont nous allions pouvoir enseigner efficacement. Ainsi, la lumière nous était donnée, nous aidant à comprendre les Ecritures par rapport au Christ, sa mission, et son sacerdoce. Une ligne de vérité s’étendant de ce moment à celui où nous allions entrer dans la cité de Dieu se révélait à moi, et je donnais à d’autres les instructions que le Seigneur m’avait données (The Review & Herald, 25 mai 1905, par. 4).

   Si nous sommes attentifs, Ellen White rappelle clairement que la lumière fut donnée au sujet de Christ, Sa mission, et Sa prêtrise. La ligne de vérité qu’ils reçurent au sujet du Christ allait s’étendre tout droit jusque dans la cité de Dieu. Il y eut différents enseignements[2] qui furent approfondis en un système interrelié de vérité. Une partie de ce système interrelié de vérité concernait la personne du Christ et cette vérité était intégralement enchâssée dans une compréhension du plan du salut.

 

B. Si la compréhension des pionniers au sujet du Christ était erronée, le système entier est erroné.

   La Bible enseigne clairement qu’aucun autre fondement que Jésus-Christ ne peut être posé (1 Cor. 3 : 11). Si l’Adventisme a construit un système interrelié de croyances sur une compréhension de Christ qui était en réalité incorrecte, le fondement est alors faux et le système entier est faux. Cela ne peut être mis de côté, ou ignoré.

SI LE FONDEMENT CONCERNANT CHRIST ETAIT FAUX,

LE SYSTÈME ENTIER ÉTAIT, ET EST FAUX.

   Christ est le centre et la circonférence de toute vérité.[3] Si cette position martelée par nos pionniers donnait une compréhension de Christ autre que son identité réelle, le système entier est alors infecté par la fausse structure. Le système entier doit être établi à nouveau, rénové, et changé. Un ordre nouveau de livres devrait être écrit, un nouveau système éducatif devrait être lancé pour se remettre d’une faute aussi tragique.

 

C. Un sanctuaire littéral demande un Fils de Dieu littéral

   L’un des éléments clés du message Adventiste du sanctuaire, était le lien entre le caractère littéral des personnalités du Père et du Fils et le caractère littéral du sanctuaire. James White l’exprima ainsi :

   Le Lieu Très-Saint, contenant l’Arche des dix commandements, fut alors ouvert afin d’y laisser entrer notre Grand Souverain Sacrificateur pour y faire la purification du Sanctuaire. Si nous prenons la liberté de dire qu’il n’y a pas d’Arche littérale, contenant les dix commandements dans le ciel, il nous suffira d’un pas de plus pour nier la Cité littérale, et le Fils littéral de Dieu. Il est certain que les Adventistes ne devraient pas choisir la position spiritualisée de préférence à celle que nous avons présentée. Nous ne voyons pas de position intermédiaire (James White, The Parable, p. 16).

   Nous avons là un témoignage positif qu’il y a un tabernacle fait par le Seigneur et non par les hommes, et que ce tabernacle est dans les cieux, (il n’est pas le ciel lui-même), et Christ est le ministre de ce sanctuaire. Le fait qu’il y a des choses littérales dans le ciel est abondamment attesté par les Ecritures. Tout comme le grand sacrifice offert pour le monde au Calvaire était littéral, et comme notre grand Souverain Sacrificateur, Jésus, le fils de Dieu, est un personnage réel et littéral, il doit pareillement y avoir un sanctuaire littéral dans le ciel, dans lequel il puisse accomplir son sacerdoce de prêtre (The Review and Herald, 18 Août 1863).

   Le prophète Daniel dit : « Je regardais, pendant que l’on plaçait des trônes. Et l’Ancien des jours s’assit. Son vêtement était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête étaient comme de la laine pure ; son trône était comme des flammes de feu. » Chap. VII, 9. « Je regardais pendant mes visions nocturnes, et voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu’un de semblable à un fils de l’homme ; il s’avança vers l’Ancien des jours, et on le fit approcher de lui. On lui donna la domination, la gloire et le règne. » Verset 13, 14.

   Nous avons ici une description sublime de l’action des deux personnages que sont Dieu le Père, et son Fils Jésus-Christ. Niez leurs personnalités, et ces passages de Daniel perdent leur clarté. En rapport avec cette citation, lisez la déclaration de l’apôtre d’après laquelle le Fils était l’empreinte de la personne de son Père. « Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes, Dieu, dans ces derniers jours, nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par lequel il a aussi créé le monde, et qui, étant le reflet de sa gloire et l’empreinte de sa personne […] » (James White, The Personality of God,[4] p. 3, 4, italiques ajoutés).[5]

   James White affirme fortement qu’il n’y a pas de position intermédiaire face à cette question. Le système de l’Adventisme, son sanctuaire et son système sacerdotal reposaient sur une compréhension littérale plutôt que spirituelle. Ellen White l’affirme de la manière suivante :

   Ceux qui cherchent à supprimer les anciennes bornes ne tiennent pas bon ; ils ne se souviennent pas comment ils ont reçu et entendu.  Ceux qui essayent de faire entrer des théories qui supprimeraient les piliers de notre foi concernant le sanctuaire ou concernant la personnalité de Dieu ou du Christ, agissent en aveugles. Ils cherchent à faire entrer des incertitudes et à conduire le peuple de Dieu à la dérive sans aucune ancre (Manuscript Release, no. 760, p. 9, italiques ajoutés).

   Si l’on prend nos Bibles pour ce qu’elles disent, l’enseignement du sanctuaire révèle deux personnages littéraux qui œuvrent dans le sanctuaire – le Père et le Fils. Cela est clairement révélé dans Daniel 7 :

   Je regardais, pendant que l’on plaçait des trônes. Et l’Ancien des jours s’assit. Son vêtement était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête étaient comme de la laine pure ; son trône était comme des flammes de feu (Dan. 7 : 9).

   Je regardais pendant mes visions nocturnes, et voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu’un de semblable à un fils de l’homme ; il s’avança vers l’Ancien des jours, et on le fit approcher de lui (Dan. 7 : 13).

   Au verset 9 le Père est décrit sur le trône. Au verset 13, le Christ est conduit vers le Père dans le Lieu Très Saint. Remarquez la séquence présentée par Ellen White dans Premiers Ecrits, alors qu’elle décrit les événements de Daniel 7 :

   Je vis un trône, et sur ce trône étaient assis le Père et le Fils. J’admirai le visage de Jésus et sa personne adorable. Mais je ne pouvais voir le Père, car une nuée glorieuse le couvrait. Je demandais à Jésus si le Père avait la même forme que lui. Il me répondit par l’affirmative, mais je ne pouvais pas le voir, car, ajouta-t-il, « si tu voyais une fois la gloire de sa personne, tu cesserais d’exister » (Premiers Ecrits, p. 54).

   Sous le titre « La Fin des 2300 Jours, » Ellen White décrit le Père et le Fils assis sur un trône, après quoi elle pose une question au sujet de la personnalité du Père. Jésus dit à Ellen White que le Père a une forme comme lui-même. La réalité des personnages Père et Fils est renforcée avant de poursuivre. Plus bas, nous lisons :

   Je vis le Père se lever de son trône, et se rendre dans un chariot de feu au lieu très saint, au-delà du voile, et s’y asseoir (Idem, p. 55).

Et troisièmement, nous lisons :

   Alors Jésus se leva de son trône, et la plupart de ceux qui étaient inclinés se levèrent avec lui. Je ne vis aucun rayon de lumière passer de Jésus à la multitude insouciante après qu’il se fut levé, et ces gens étaient complètement dans les ténèbres. Ceux qui se levèrent en même temps que Jésus, ne cessèrent d’avoir les yeux fixés sur lui lorsqu’il quitta son trône et il les conduisit un moment. Ensuite il leva la main droite, et il dit de sa douce voix : « Attendez ici ; je vais au Père pour recevoir le royaume ; gardez vos vêtements sans tache ; dans peu de temps je reviendrai des noces et je vous prendrai avec moi. » Puis un chariot aux roues de flammes de feu, entouré par les anges, avança près de Jésus, qui y monta et fut conduit au lieu très saint où le Père était assis. Là, je contemplai Jésus, souverain sacrificateur, se tenant devant le Père (Idem).

En décrivant les événements de la fin des 2300 jours, Ellen White nous montre que :

1. Le Père et le Fils sont assis ensemble sur un trône dans le Lieu Saint.

2. Le Père se déplace sur un chariot vers le Lieu Très Saint et s’assoit.

3. Le Fils est conduit sur un chariot dans la présence du Père dans le Lieu Très Saint.

   Il s’agit là d’événements réels et littéraux. Nous relevons également dans cette transaction l’interaction de deux êtres personnels. Le sanctuaire présente deux êtres personnels qui agissent dans le plan du salut. Il est certain que le Saint-Esprit est révélé partout dans le sanctuaire (dans le feu, dans l’eau, dans l’huile, etc.), mais il n’est pas révélé comme un être personnel séparé et distinct. La question qui doit être posée est la suivante : où voyons-nous une Trinité (coégale et coéternelle) de trois personnes dans le sanctuaire ? Vous ne la trouverez nulle-part.

   Ceci étant dit, un glissement d’un Père et d’un Fils littéraux vers une représentation métaphorique du Père et du Fils ouvrira la porte à la négation  du caractère littéral des événements de Daniel 7 et du jugement. Cette porte a été ouverte par de nombreux théologiens Adventistes. A maintes reprises durant ma formation théologique, j’ai été averti que les événements du jugement investigatif étaient symboliques. Il m’était suggéré que Dieu ne pouvait pas être enfermé dans une « boîte » pendant 150 ans parce que Dieu habite l’univers tout entier. Il était suggéré que le sanctuaire n’était pas un bâtiment littéral, mais plutôt un symbole des deux phases du ministère du Christ. Il me fut suggéré que Dieu n’a pas besoin d’examiner des livres littéraux, parce que Dieu sait déjà toutes choses, et qu’Il connaît déjà ceux qui lui appartiennent et ceux qui ne lui appartiennent pas. En réalité, la fin des 2300 jours est un show pour l’univers, elle n’est pas réelle.

 

D. Croître dans notre compréhension de la Divinité

   Il a été suggéré à plusieurs endroits que les Adventistes du Septième Jour ont évolué dans leur compréhension de la Divinité, et que dans le processus d’affinement nous fûmes conduits vers la compréhension d’une Trinité coégale et coéternelle. On utilise des exemples tels que le développement du début et de la fin du sabbat, le message sur la santé, et le système des dîmes. Toutes ces choses sont en effet des exemples d’approfondissement d’un principe, mais on ne pourra jamais affirmer qu’une position d’un Fils de Dieu au sens littéral peut évoluer en une compréhension d’un Fils de Dieu uniquement par fonction, et non par identité. Il s’agit là d’un changement radical qui ne peut être simplement considéré comme un processus d’affinement.

   Dans le livre La Trinité, par Widden, Moon et Reeve, il est suggéré à la page 181 que l’Adventisme est passé par un processus d’anti-Trinitarisme afin d’abandonner la base philosophique grecque de la Trinité qu’incluaient les autres communautés religieuses. Cette suggestion ne tient pas compte du fait que le mouvement entier aurait été placé sur une fausse plateforme – un processus qui allait infecter toutes les autres doctrines. Si le Seigneur avait voulu supprimer la plateforme de la philosophie grecque et ne retenir la Trinité que sur des « bases bibliques, » je suis certain qu’il aurait pu le faire sans faire passer le nom du Christ par une compréhension complètement fausse et sans poser une fondation tout aussi fausse. 

 

 

E. Le Christ tel que le comprenaient les pionniers nécessitait un affinement, comme le prouve le message de 1888

   Une chose est évidente, la position des pionniers au sujet de la Divinité demandait à être affinée, sans quoi le message de 1888 n’aurait pas été nécessaire. Les non-Trinitaires feraient une erreur en affirmant que nous devrions croire exactement comme croyaient les pionniers. Une telle affirmation pourrait impliquer le déni du besoin du message de 1888 et d’une compréhension plus complète du rôle et de la divinité du Christ.

   Même si les pionniers avaient raison d’affirmer que Christ était le Fils littéral de Dieu, j’estime qu’il leur fallait du temps pour réaliser et développer à quel point il occupe une position centrale et essentielle dans chaque enseignement de la Bible. Le message de 1888 éleva le Christ à une position bien plus centrale, d’où émane toute vérité. Il clarifia également le processus conduisant à observer les commandements de Dieu par la grâce du Christ. Il arrivait que ce manque de finesse dans la compréhension rabaissait de manière subtile et inaperçue le rôle du Christ. Ce qui a changé dans le message de 1888, c’est que le Christ fut présenté dans toute la plénitude de la Divinité de façon plus précise. C’était une lumière ancienne, placée dans un contexte plus juste. La manière la plus simple de montrer ce rabaissement involontaire se trouve dans le contraste existant entre deux images choisies par James et Ellen White. Remarquez l’image qu’adopta James White, appelée « Le Chemin de la Vie » :

 

 

   Dans l’image ci-dessus, nous voyons tous les éléments clés du plan du salut, la chute et la malédiction, le sacrifice et la prêtrise, la loi et l’incarnation du Christ, ainsi que son sacrifice, et l’établissement de l’église Chrétienne qui culmine dans la cité céleste. Cette image contient certainement tous les éléments essentiels, mais l’emphase est assez différente de l’image choisie par Ellen White. La manière dont la loi est présentée et mise en valeur reflétait la compréhension de certains pionniers du rôle de nos efforts dans l’observation de la loi de Dieu. Remarquez le passage suivant :

   Pendant les premières années de la proclamation de ce message les ouvriers avaient un objectif particulier – celui d’annoncer au monde que le moment de la dernière proclamation de la venue de Christ avant son apparition est arrivé ; et de conduire les âmes à Christ par l’obéissance à cette vérité-test finale. C’était là l’objectif ultime de tous leurs efforts, et ils pensaient ne pas avoir atteint le but tant que les âmes n’étaient pas converties à Dieu, et conduites à rechercher une préparation pour le Seigneur du Ciel par une obéissance éclairée à tous ses commandements (Uriah Smith, The Review and Herald, 3 janvier 1888, p. 8).

   La citation d’Uriah Smith ci-dessus manque de finesse dans sa façon d’exprimer la manière dont l’obéissance a lieu. L’obéissance ressort nettement, mais l’aspect de la grâce est limité. La phrase même « venir à Christ par l’obéissance » semble complètement contredire le cœur de l’évangile. Remarquez un autre exemple écrit dans The Review and Herald curieusement intitulé « Justifié par les œuvres » :

   Nous avons vu que se repentir c’est… ressentir une tristesse due au péché telle qu’on est conduit à s’en détourner, et à rechercher le pardon. Ainsi, lorsque Jésus et les apôtres dirent au peuple qu’ils devaient se repentir avant de pouvoir croire ou être convertis, ils devaient ressentir une telle tristesse due au péché qu’elle les conduiraient à s’en détourner, et à rechercher le pardon, ou, en d’autres termes, ils doivent arrêter de pécher avant de pouvoir recevoir le pardon ou être justifié. …

   Laissez-moi encore vous dire, lecteur, ne croyez pas que j’essaye d’amoindrir votre obligation de croire en Christ. Laissez-moi définir ma position une fois de plus. Il n’y a que la foi qui puisse apporter une solution à nos péchés passés. Précieux en effet est ce sang qui efface tous nos péchés et purifie notre passé. Seule la foi peut faire nôtres les promesses de Dieu. Mais notre devoir actuel est d’agir. Lorsque Dieu dit, « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur, » tout dépend de la manière dont nous entendons. C’est à nous de choisir entre la justification et la condamnation. Obéissez à la voix de Dieu et vivez, ou désobéissez et mourrez. C’est à nous de faire le choix. Il est en notre propre pouvoir de vivre ou de mourir.[6]

   La citation ci-dessus est choquante dans ses tons stridents d’obéissance. On n’y trouve rien de la puissance salvatrice de Christ nous donnant la force d’obéir et d’une confiance totale en Christ afin d’obtenir la grâce de vaincre. Des telles affirmations indiquent clairement un manque de compréhension de l’œuvre de Christ dans le plan du salut. J’affirme que s’il est vrai que la personnalité du Père et du Fils était généralement comprise, la signification de l’œuvre de Christ dans la doctrine Adventiste était encore troublée par le mensonge du serpent. L’insistance sur les œuvres et l’obéissance révélait une croyance confuse selon laquelle l’homme avait une certaine puissance personnelle, soutenue par l’œuvre du Christ, pour garder les commandements de Dieu. Il fallait que cette idée change, ou l’Adventisme allait être complètement détruit. C’est la raison pour laquelle Ellen White écrivit :

   Dans Sa grande bonté, le Seigneur envoya un message des plus précieux à Son peuple par les Pasteurs Waggoner et Jones. Ce message devait présenter au monde d’une façon plus évidente le Sauveur élevé, le sacrifice pour les péchés du monde entier. Il présentait la justification par la foi en la Sécurité ; il invitait le peuple à recevoir la justice du Christ, qui se manifeste dans l’obéissance à tous les commandements de Dieu. Ils étaient nombreux à avoir perdu Jésus de vue. Ils avaient besoin qu’on dirige leurs yeux vers Sa personne divine, Ses mérites, et Son amour immuable pour la famille humaine. Toute puissance est remise entre ses mains, afin qu’il dispense de riches dons aux hommes, transmettant le don inestimable de Sa propre justice à l’agent humain impuissant. C’est là le message que Dieu a ordonné de donner au monde. C’est le message du troisième ange, qui doit être proclamé d’une voix forte, et accompagné du déversement d’une grande mesure de Son Esprit (Testimonies to Ministers and Gospel Workers, p. 91, 92).

 

 

   Dans l’image qu’Ellen White approuva en 1883, nous voyons dans le titre même une reconnaissance plus profonde du rôle central joué par Christ dans le chemin du salut. La croix du Christ prédomine au-dessus de toutes les autres scènes au long du chemin. La loi est symbolisée dans l’expérience du Mt. Sinaï avec l’éclair resplendissant de préférence aux préceptes écrits suspendus à l’arbre. Un tel changement met en valeur la réalité vivante de Christ en vous, l’espérance de la gloire, au lieu de la reconnaissance d’un code écrit. Le changement dans l’image souligne une conscience grandissante, alors qu’elle s’affine en réalisant la position centrale de la personne du Christ – le Chemin, la Vérité, et la Vie. Tous ces principes explosèrent dans la conscience Adventiste par le message de 1888. Le message de 1888 a transformé notre compréhension du Christ, mais aussi de nous-mêmes alors que toute puissance pour obéir nous vient par Christ : lui seul nous fait prendre conscience de notre impuissance totale.

F. La Trinité revient à renverser et non à affiner la plateforme des pionniers

   Il semblerait naturel pour ceux qui considèrent l’égalité du Christ en termes de valeur intrinsèque et non en termes d’hérédité, de percevoir la mise en valeur du rôle de Christ dans une Divinité étendue comme un début de glissement vers le Trinitarisme. Une telle position doit cependant ignorer la plateforme sur laquelle reposait l’Adventisme, et doit être appelée une volte-face complète au sujet de la personne du Christ, et non un simple raffinement.[7] De tels raccourcis dans la logique sont faciles à comprendre à la lumière de l’urgence avec laquelle l’Adventisme a peiné à adopter une compréhension relationnelle de la position centrale du Christ, ainsi qu’à la lumière du désir croissant[8] d’éviter l’étiquette de secte de la part des autres protestants.

   Ellen White disait en termes bien clairs que Jones et Waggoner présentaient Christ dans toute la plénitude de la Divinité.

   Des messages portant l’approbation divine ont été envoyés au peuple de Dieu ; la gloire, la majesté, la justice de Christ, pleines de bonté et de vérité, ont été présentées ; la plénitude de la Divinité en Jésus-Christ nous a été présentée dans sa beauté et ses merveilles, pour charmer tous ceux dont le cœur n’était pas fermé par les préjugés. Nous savons que Dieu a œuvré parmi nous (The Ellen G. White 1888 Materials, p. 693).

   Si c’est LA PLÉNITUDE, je pense alors que nous pouvons accepter que C’ÉTAIT LA PLÉNITUDE. Il est pourtant clairement évident pour tout étudiant candide que Jones et Waggoner ne présentaient pas Christ comme le Dieu coégal et coéternel, mais plutôt comme le Fils de Dieu. Les faits sont là, pourvu que nous voulions les voir. Sachant que ces messagers présentaient cette compréhension de la Divinité, il nous faut soigneusement considérer la citation suivante.

   Le temps de l’épreuve est imminent, car le grand cri du troisième ange a déjà commencé dans la révélation de la justice de Christ, le Rédempteur pardonnant les péchés. C’est ici le commencement de la lumière de l’ange dont la gloire remplira la terre entière. Car c’est l’œuvre de tous ceux qui ont reçu le message d’avertissement, d’élever Jésus, de le présenter au monde tel qu’il est révélé dans les types, préfiguré dans les symboles, manifesté dans les révélations des prophètes, découvert dans les leçons données à ses disciples, et dans les merveilleux miracles accomplis pour les fils des hommes. Sondez les Ecritures, car ce sont elles qui témoignent de lui (The Review and Herald, 22 novembre 1892, par. 7, italiques ajoutés).

   Ceux qui rejettent l’idée selon laquelle Jésus a été engendré du Père et a reçu son hérédité doivent expliquer comment une compréhension aussi erronée peut être associée au grand cri d’Apocalypse 18. Si Jésus est la Vérité (Jean 14 : 6) et Apocalypse 18 est une révélation puissante de vérité, comment peut-il y avoir une révélation puissante de vérité alors que les principaux messagers ont une compréhension erronée de qui est Jésus ?

   Le fait de croire que Christ est sorti du Père a tristement conduit certains Adventistes à traiter de tels croyants de Catholiques parce que la doctrine Catholique de la Trinité affirme que Christ est à la fois coéternel et engendré, un dilemme dialectique diabolique, en effet ! Voici ce que je veux relever : affirmer que quelqu’un défend une position catholique parce qu’il croit que Christ est issu du Père revient à suggérer que nos pionniers placèrent la plateforme de l’Adventisme sur une base franchement Catholique. L’absurdité de cette idée ne nécessite pas d’être documentée ou exprimée davantage.

   J’ai mentionné plus haut que si la position martelée par nos pionniers avait donné une perception de Christ qui ne correspondait pas à ce qu’Il était réellement, le système entier est alors infecté par une fausse structure. Le système entier doit alors être refondu, rénové, changé, il faut écrire un nouvel ordre de livres et s’engager dans un nouveau système éducatif pour se remettre d’une erreur aussi tragique.

La question est : Que s’est-il passé dans l’Adventisme ? Exactement cela ! Un nouvel ordre de livres qui rabaissent le sanctuaire littéral, des changements au sujet de la justification et de la sanctification, des changements quant à la nature du Christ, des changements au sujet du jugement investigatif, des changements au sujet de la perfection Chrétienne, des changements quant à l’Esprit de Prophétie, des changements quant aux rôles des hommes et des femmes. Cette marche en avant de changements et de renversements à une telle échelle indique clairement deux possibilités : soit les pionniers avaient mal posé les fondations, ou alors l’église actuelle est descendue de la plateforme. Comme l’a exprimé James White, « Il n’y a pas de position intermédiaire. »

   Ellen White répond directement à cette question lorsqu’elle affirme :

   L’histoire se répète. Beaucoup de dirigeants religieux de notre temps, la Bible ouverte devant eux, et avec des marques de respect pour ses enseignements, ne font que détruire la confiance en la Parole de Dieu. Ils s’acharnent à la disséquer et ils érigent leurs propres opinions au-dessus de ses déclarations les plus catégoriques. Dans de telles mains la Parole de Dieu perd son pouvoir régénérateur. Ceci explique pourquoi l’incrédulité triomphe et l’iniquité abonde.

    Lorsque Satan réussit à saper la foi en la Bible, il dirige les hommes vers d’autres sources de lumière et de puissance. C’est ainsi qu’il s’introduit. Ils se placent sous l’influence des démons, ceux qui se détournent des clairs enseignements de l’Ecriture et de la conviction que le Saint-Esprit produit en eux. La critique et les spéculations qui se sont donnés libre cours, touchant les Ecritures, ont ouvert la voie au spiritisme et à la théosophie – ces formes modernes de l’ancien paganisme – et leur ont permis de s’établir au sein même de sociétés faisant profession d’être les Eglises de notre Seigneur Jésus-Christ.

   Parallèlement à la prédication de l’Evangile, une œuvre se poursuit par l’intermédiaire d’esprits mensongers. On joue d’abord, par simple curiosité, avec ces esprits, mais on est vite leurré lorsqu’on aperçoit à l’œuvre une puissance surhumaine, et l’on ne peut plus alors échapper au contrôle direct d’une volonté étrangère (Jésus-Christ, p. 241, 242).[9]

 

[1] Ce chapitre est un développement des Appendices E et F et a été inclus en partie parce que les appendices sont souvent mises de côté et ne sont pas considérées à leur juste valeur.

[2] Voir Counsels to Writers and Editors, p. 30, pour une description des doctrines des anciennes bornes et des anciens piliers.

[3] The Review and Herald, 15 août 1893.

[4] La Personnalité de Dieu.

[5] Le tract de James White se trouve dans son intégralité dans l’Appendice H.

[6] J.F. Ballenger, The Review and Herald, 20 octobre 1891, p. 642.

[7] Une preuve claire démontrant l’impossibilité complète pour la Trinité d’être une amélioration de la doctrine des pionniers est présentée dans l’article très perspicace de George Knight diffusé dans le magazine Ministry d’octobre 1993. Il déclare que très peu de pionniers pourraient se joindre à l’église aujourd’hui étant donné les compréhensions actuelles concernant la Divinité. Il s’agit d’une preuve très claire que ce n’est pas une amélioration, mais un changement total. Une amélioration permettrait toujours aux pionniers de se joindre à l’église.

[8] Ce désir croissant d’unité avec d’autres Protestants fut fortifié par la montée menaçante de la haute critique dans les cercles protestants et la réaction fondamentaliste qui a suivit dans les années 1920. L’Adventisme fut forcé, de différentes manières, à choisir son camp. Comme George W. Bush l’a exprimé : « Soit vous êtes pour nous, soit vous êtes pour les terroristes » (Higher Critics).

 

[9] Desire of Ages, p. 258.