28. Sept méthodes communes utilisées pour défendre la Trinité

 

Chapitre 28 – Sept méthodes communes utilisées pour défendre la Trinité

 

1. Une compréhension spirituelle du Père et du Fils en opposition à la position littérale (thème développé dans les chapitres 23, 25, 26)

   L’un des arguments principaux utilisés contre la relation Père et Fils est qu’elle est trop littérale et qu’elle impose exagérément des concepts humains sur Dieu. Une véritable relation de Père à Fils est perçue comme diminuant la position d’égalité du Fils vis-à-vis du Père. On suppose naturellement l’égalité basée sur la puissance tout comme William Miller a supposé que le sanctuaire représentait la terre. Comme j’ai cherché à le montrer dans ce livre, le concept d’une égalité manifestée par la puissance et la position revient à imposer exagérément des idées humaines sur la Divinité. J’affirme que tout comme le manquement de Miller à correctement définir le terme « sanctuaire » conduisit à de graves déceptions, notre manquement à définir justement la nature de l’égalité aboutira à la même chose. En se fondant sur la compréhension d’une égalité de puissance, je reconnais qu’il est impossible de défendre une relation Père-Fils au sens littéral. Cela en découle naturellement. La deuxième conséquence est une altération de principes herméneutiques faisant passer une lecture directe à une lecture spiritualisée comme c’est le cas ici :

   Un autre point important concerne la manière dont nous interprétons la Bible. La question est ici de savoir si nous devrions interpréter certains passages de manière littérale ou bien si nous pourrions les approcher sur un plan plus figuré. Peut-être pourrions-nous l’illustrer ainsi. Alors que nous nous référons souvent à Jésus comme étant le Fils et que nous appelons fréquemment la première personne de la Divinité le Père, voulons-nous vraiment prendre de telles expressions dans un sens totalement littéral ? Ou bien serait-il plus approprié de les interpréter d’une manière plus métaphorique qui s’inspire d’aspects sélectifs de la filialité et de la paternité ? (Widden, Moon, et Reeve, The Trinity, p. 94).

   La question de l’auteur était : Devons-nous vraiment prendre les choses dans un sens littéral ? » La question que je pose est : Qu’est-ce qui motive l’inclination à une compréhension métaphorique ? N’est-ce pas une prédétermination selon laquelle la Trinité est correcte ?

   N’est-il pas relativement clair que les textes à problèmes deviennent des problèmes uniquement lorsqu’une personne adopte une interprétation exclusivement littérale d’expressions telles que « Père, » « Fils, » « Premier-né, » « Unique Engendré, » « Engendré » et ainsi de suite ? Un tel littéralisme va-t-il à l’encontre du sens principalement figuré et métaphorique utilisé par les écrivains de la Bible, lorsqu’ils se réfèrent aux personnes de la Divinité ? (Idem, p. 106).

   Les textes posent problème uniquement si vous prédéterminez une position Trinitaire. Les auteurs prennent des libertés incroyables en considérant qu’ils savent ce que les écrivains de la Bible voulaient dire, et tranchent pour une signification figurée. Une fois que vous utilisez un processus de raisonnement métaphorique pour gérer des passages bibliques qui ne s’accordent pas avec votre prédétermination, toute doctrine biblique qui vous pose problème peut être amenée à la position voulue. La supposition inutile du sens métaphorique permet à certains hommes de triompher sur ce qu’ils sont appelés à croire. C’est la méthode utilisée par les Evangéliques pour échapper au Sabbat : ils en font uniquement un repos spirituel au lieu d’un repos littéral.

   Dans leur zèle à rejeter tout ce qui ne se trouve pas dans la Bible, les « Chrétiens » furent trahis par un excès de littéralisme, ce qui les conduisit à interpréter la Divinité en termes de relations humaines suggérées par les mots « Fils, » « Père, » et « engendré, » c’est-à-dire à une tendance à rejeter le mot non-biblique « Trinité » et à affirmer que le Fils dût avoir un commencement dans le passé lointain (Questions on Doctrines, p. 47).

   Froom accuse certains pionniers d’interpréter la Divinité en termes de relations humaines alors qu’il manque de réaliser que la Trinité peut facilement être perçue comme une invention humaine pour soutenir une égalité basée sur la puissance. L’argument est complètement défaillant. S’appuyant sur sa compréhension métaphorique de l’Ecriture, Froom fait un pas de plus lorsqu’il écrit :

   Il y a un danger à limiter notre idée de la personnalité aux manifestations corporelles. Il semble difficile de saisir l’idée d’une personnalité séparément de la forme corporelle tangible de l’humanité – une existence dans une forme humaine, corporelle, limitée. Mais la personnalité et une telle réalité corporelle doivent être clairement distinguées, bien qu’on les confonde souvent. La personnalité ne nécessite pas les limitations de l’humanité.[1]

   Aucune preuve Scripturaire n’est apportée pour soutenir cette position ; c’est un pas philosophique provenant d’une mentalité métaphorique. Mis à part cela, elle exprime les sentiments même qu’exprima Kellogg.[2]

   La Doctrine de la Trinité : Le mot « engendré » était compris au sens littéral, [par les pionniers], ce qui signifiait que Christ fut issu du Père à un certain moment de l’éternité, et Lui fut donc subordonné (G. Pfandl, « La Doctrine de la Trinité parmi les Adventistes du Septième Jour, » Journal of the Adventist Theological Society,[3] printemps 2006, p. 165).

   Il est ici supposé qu’un Fils engendré demande automatiquement un Christ subordonné et inférieur. Lorsque la présupposition est juste, la question de la subordination ne pose plus de problème.

   Les premiers Adventistes cherchaient assidument à rester fidèles à l’Ecriture. Lorsqu’ils lisaient « premier-né de toute la création, » ils l’acceptaient comme tel. D’autres phrases bibliques telles que « Fils unique engendré de Dieu, » étaient également comprises au niveau de l’Anglais littéral (Merlin Burt, Journal of the Adventist Theological Society, printemps 2006, p. 128).

   L’auteur ci-dessus sous-entend-t-il que les premiers Adventistes étaient naïfs et qu’une lecture directe de l’Ecriture reposant sur une étude solide est un signe de faiblesse ?

   Il n’y a pas de raison biblique en faveur d’une compréhension spiritualisée de préférence à une compréhension littérale de la relation Père et Fils, mis à part que cette position ne permet pas de croire en une Trinité basée sur une égalité de puissance. Ceci ouvre la porte à l’accusation de vouloir forcer une hypothèse, de mettre la charrue avant les bœufs. Remarquez les principes d’interprétation des pionniers :

   Comment savoir quand un mot est utilisé d’une manière imagée : s’il a du sens tel qu’il est, et n’est pas en opposition avec les simples lois de la nature, il doit être compris de manière littérale ; sinon, il faut le comprendre de manière imagée. Ap. xii. 1, 2 ; xvii. 3-7 (Règles d’interprétation de Miller XI).

   Je suis d’avis qu’il est sensé de comprendre les termes Père et Fils simplement au sens propre. La seule raison qui pourrait me conduire à autre chose serait de suivre un plan prédéterminé. Les opposants créeront des arguments épouvantails en tentant de pousser cela vers un littéralisme extrême, tel que Jésus est le vrai cep.[4] Nous pouvons tous rire de cela et dire que bien sûr, nous ne prenons pas cela dans au sens littéral extrême, parce que ça fait violence aux lois simples de la nature. Mais le fait de faire un parallèle entre le terme Fils et Christ étant le cep ou la porte afin d’éviter d’appeler Jésus un Fils littéral est un argument plutôt faible et suggère que la personne qui s’en sert est désespérée.

   Le Lieu Très-Saint, contenant l’Arche des dix commandements, fut alors ouvert afin d’y laisser entrer notre Grand Souverain Sacrificateur pour y faire la purification du Sanctuaire. Si nous prenons la liberté de dire qu’il n’y a pas d’Arche littérale, contenant les dix commandements dans le ciel, il nous suffira d’un pas de plus pour nier la Cité littérale, et le Fils littéral de Dieu. Il est certain que les Adventistes ne devraient pas choisir la position spiritualisée de préférence à celle que nous avons présentée. Nous ne voyons pas de position intermédiaire (James White, The Parable, p. 16).

   James comprenait les implications d’une compréhension spiritualisée sur d’autres doctrines. Il est intéressant qu’il affirmait qu’une compréhension spiritualisée du sanctuaire pouvait conduire à une compréhension spiritualisée du Fils littéral de Dieu, ce qu’il voyait comme un rejet de l’Adventisme. Ellen White fait écho à la position de son mari par un certain nombre de déclarations soutenant une lecture franche des Ecritures :

- « Une grande œuvre peut être faite en présentant au peuple la Bible simplement telle qu’on la lit » (Testimonies for the Church, vol. 5, p. 388).

- « Si tout le monde prenait l’Ecriture simplement telle qu’on la lit, et ouvrait son cœur pour comprendre la parole… » (Counsels on Stewardship, p. 92).

- « Il cherche à leur enseigner que le chemin du Seigneur doit toujours être suivi de près, qu’il faut prendre Sa parole comme elle se lit, et que les hommes ne doivent pas faire des projets et des plans d’après leur propre jugement, sans tenir compte de Son conseil » (Counsels to Parents, Teachers, and Students, p. 353).

- « N’étant pas habitués à accepter la Parole de Dieu exactement telle qu’elle se lit, ou de la laisser être sa propre interprète, ils la lisent à la lumière de leurs maximes et de leurs traditions. Il y a si longtemps qu’ils avaient négligé d’étudier et de contempler la Bible que ses pages étaient un mystère pour eux. Ils se détournèrent avec dégoût de la vérité de Dieu pour se tourner vers les traditions des hommes » (Christ Triumphant, p. 226).

- « Dieu est le Père du Christ, le Christ est le Fils de Dieu. Au Christ a été donnée une position élevée. Il a été fait l’égal du Père. Tous les conseils de Dieu sont ouverts à son Fils » (Témoignages pour l’Eglise, vol. 3, p. 317, 318).

- « Le Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique engendré du Père est vraiment Dieu en infinité, mais pas en personnalité » (The Upward Look, p. 367).

   En résumé, un échec à définir la base de l’égalité et à donner une structure strictement biblique pour cette définition force une méthode spiritualisée d’interprétation de l’Ecriture. Une fois que ce principe est établi, le principe central du Protestantisme (la Bible et la Bible seule) échoue et la tradition doit triompher. Il est important de se souvenir que la terre nourricière de la Trinité se trouva en Alexandrie, un endroit bien connu pour ses méthodes d’interprétation spiritualisées. L’appel que lance à mes frères, c’est d’examiner le fondement de l’égalité dans un contexte scripturaire plutôt que de supposer la signification de ce terme.

 

2. Un changement de l’identité de Christ dans l’incarnation

   Le cœur de ce débat tourne généralement autour d’une discussion sur la signification du terme engendré, et son positionnement temporel. Une fois qu’une personne est convaincue d’une Trinité fondée sur l’égalité de puissance, il est alors évident qu’il lui est impossible de croire que Christ fut engendré dans l’éternité. Une fois lancé, le principe de spiritualisation doit se poursuivre, et c’est pourquoi il doit non seulement conduire les termes Père et Fils à être spiritualisés, mais aussi à faire de même pour le terme engendré. La cascade de conséquences commence. La compréhension spiritualisée ne permet que deux alternatives : la compréhension d’un engendrement spiritualisé dans l’éternité, ou celle d’un engendrement spiritualisé à l’incarnation. La plupart des érudits favorisent la deuxième. Quoi qu’il en soit, c’est une compréhension spiritualisée qui est présentée. Remarquez les trois citations suivantes données en exemple :

a. « Certains passages qui semblent parler d’une position de subordination du Christ vis-à-vis du Père pourraient très bien être utilisés dans le contexte de Son incarnation au lieu de Son état glorifié » (Whidden, Moon, Reeve, The Trinity, p. 94).

b. « Cependant, comme nous allons le voir, il n’y a pas de preuve convaincante établissant que le Fils de Dieu fut « engendré » à un moment quelconque précédent son incarnation » (Glyn Parfitt, The Trinity, p. 45 du manuscrit).

c. « Je crois que Jean 5 : 26 se réfère à la vie donnée au Fils pendant l’incarnation, et non pas à Christ ayant reçu la vie  durant l’éternité passée » (Erwin Gane, e-mail personnel, 10 mars 2007).

   La croyance en un engendrement à l’incarnation implique immédiatement un changement dans la nature de la relation entre le Père et le Fils. C’est-à-dire que le Christ n’était pas un Fils avant l’incarnation et qu’Il devint un Fils après l’incarnation. Cette méthode isole des passages de l’Ecriture qui identifient Christ comme le Fils de Dieu. Lorsque les gens se réfèrent à cela pour expliquer la filialité, le cri se fait entendre – « Oui, mais cela est en rapport avec l’incarnation. » J’ai traité cela au chapitre 24, mais je vais mentionner quelques éléments en rapport à Jean 5.

Jean 5 : 18 nous dit :

   A cause de cela, les Juifs cherchaient encore plus à le faire mourir, non seulement parce qu’il violait le sabbat, mais parce qu’il appelait Dieu son propre Père, se faisant lui-même égal à Dieu.

   Ce verset est régulièrement utilisé dans des contextes Trinitaires pour se référer à la divinité préexistante de Christ, et comme référence prouvant qu’Il est la deuxième personne de la Divinité.

Mais qu’en est-il du verset suivant ?

   Jésus reprit donc la parole, et leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, il ne fait que ce qu’il voit faire au Père ; et tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait pareillement (verset 19).

   On se réfère constamment à ce texte comme une référence parlant de l’incarnation. Mais qu’est-ce qui fait de Jean 5 : 18 une référence à la véritable existence de Christ, et du verset suivant une référence à son œuvre dans l’incarnation ? Qui décide ? Sans un point de référence solide, chacun décide pour lui-même quel verset se réfère à quelle partie.

Considérons un autre exemple dans Jean 5 :

   Ne vous étonnez pas de cela ; car l’heure vient où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix, et en sortiront. Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, mais ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour le jugement (versets 28 et 29).

   Christ nous dit qu’Il possède la puissance de ressusciter les gens d’entre les morts, et qu’Il le fera à la fin de l’histoire humaine. Ceci est clairement une référence à la puissance que Christ possède, la puissance de donner la vie. Mais le verset juste après nous dit cela :

   Je ne puis rien faire de moi-même : selon ce que j’entends, je juge ; et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté du Père qui m’a envoyé (verset 30).

   Le verset de Jean 5 : 30 se limite-il à l’incarnation ? Si nous permettions aux termes Père et Fils d’être nos points de référence stables, nous n’aurions même pas besoin de poser cette question, parce qu’il n’est pas nécessaire de segmenter, car toute référence au Père et au Fils révèle exactement qui ils sont, et pas seulement ce qu’il font. Une fois de plus, l’Esprit de Prophétie est raisonnablement clair à ce sujet :

   Les Ecritures indiquent clairement la relation qui existe entre Dieu et le Christ, et donnent une idée également très nette de la personnalité et de l’individualité de chacun d’eux.

   « Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par lequel il a aussi créé le monde, et qui, étant le reflet de sa gloire et l’empreinte de sa personne, et soutenant toutes choses par sa parole puissante, a fait la purification des péchés et s’est assis à la droite de la Majesté Divine dans les lieux très hauts, devenu d’autant supérieur aux anges qu’il a hérité d’un nom plus excellent que le leur. Car auquel des anges Dieu a-t-il jamais dit : Tu es mon Fils, Je t’ai engendré aujourd’hui ? Et encore : Je serai pour lui un Père, et il sera pour moi un Fils ? » (Hébreux 1 : 1-5).

   Dieu est le Père du Christ ; le Christ est le Fils de Dieu. Au Christ a été donnée une position élevée. Il a été fait l’égal du Père. Tous les conseils de Dieu sont ouverts à son Fils.

   Jésus dit aux Juifs : « Mon Père agit jusqu’à présent ; moi aussi, j’agis… Le Fils ne peut rien faire de Lui-même, il ne fait que ce qu’il voit faire au Père ; et tout ce que le Père fait, le Fils le fait aussi pareillement. Car le Père aime le Fils, et lui montre tout ce qu’il fait. » Jean 5 : 17-20.

   Ici de nouveau nous est décrite la personnalité du Père et du Fils, montrant l’unité qui existe entre eux (Témoignages pour l’Eglise, vol. 3, p. 317, 318, italiques ajoutés).[5]

   Remarquez soigneusement qu’Ellen White ouvre ce passage avec une affirmation claire attestant que la relation de Père et Fils est clairement révélée dans leur relation mutuelle et leur personnalité. Elle se réfère ensuite à Hébreux 1 : 1-4 et passe directement à Jean 5 : 17-20 où Christ dit qu’Il ne peut rien faire de Lui-même, puis réaffirme encore que c’est ici la relation du Père et du Fils. Il n’y a pas de segmentation des versets ; tout se tient du début à la fin. Cela montre qu’Ellen White utilise un point de référence universel de Père et Fils, non pas une période de l’incarnation en opposition à une période précédant l’engendrement. La seule raison que je puisse percevoir pour diviser ainsi les écritures provient d’une compréhension prédéterminée d’une Trinité d’égalité de puissance. Une fois que cette prédétermination est supprimée, et que l’Ecriture est lue franchement, il n’y a plus de problème ici.

 

3. Confusion autour du terme mystère (étudié au chapitre 23)

   L’utilisation du terme mystère pour décrire Dieu peut conduire directement à un conflit d’idées. La Bible nous dit clairement que le salut dépend directement de notre connaissance de Dieu.[6] Ellen White dit que pour être comme Dieu, nous devons le connaître tel qu’il est.[7] La Bible ne remet nulle part en question le fait qu’il nous faut connaître le caractère de Dieu afin de Le connaître. Personne n’argumenterait contre cela. Lorsque nous sommes conduits à discuter de certains aspects de la nature de Dieu tels que : d’où Lui vient Sa puissance, ou comment fait-Il pour créer les choses par sa parole, ou quelle est la substance de Son corps, rien de cela ne nous est révélé, c’est un mystère. Mais il est clair que nous pouvons comprendre certains aspects de Sa nature, comme l’affirme Paul dans Romains 1 : 20 :

   En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’œil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages (Romains 1 : 20).

   Alors comment faire la différence entre le besoin de connaître Son caractère et l’impossibilité de comprendre certains aspects de Sa nature ? Où se trouve la ligne séparatrice ? Il est évident que nous sommes ici face à une tension. Deux dangers sont présents. Si nous essayons de sonder les aspects mystérieux de Dieu, nous pouvons rapidement tomber dans l’idolâtrie et développer un faux concept de Dieu. Par ailleurs, si nous attribuons au mystère des parties révélées de la nature de Dieu, ou bien l’ensemble de Son caractère et de Sa personne qu’il nous faut connaître, nous sommes en danger de ne pas connaître la partie essentielle de Dieu indispensable à notre salut.

   Lorsque nous utilisons les termes Père et Fils, ces termes peuvent-ils être connus et compris ? Ces termes reflètent-ils les caractères respectifs du Père et du Fils qu’il nous faut connaître, ou bien sont-ils des titres éphémères reflétant une Déité que nous ne pouvons pas réellement connaître ? Deuxièmement, est-il important de connaître la nature de la relation entre le Père et le Fils ? Leur relation a-t-elle une implication sur la manière dont nous devrions nous traiter les uns les autres ? Leur relation n’est-elle pas fondamentale à toutes les relations et à la façon dont elles devraient être conduites ?

   Les étudiants de la Bible savent tous que les noms des personnes dans la Bible étaient reliés à leur caractère. Ellen White reflète cette compréhension lorsqu’elle affirme :

   On attachait à ce moment-là une grande importance aux noms donnés aux enfants par les parents hébreux. Ces noms représentaient souvent les traits de caractère que les parents auraient aimé voir se développer chez l’enfant (Patriarches et Prophètes, p. 366).[8]

   Serait-il possible que ce principe établi par Dieu et représentatif de Son royaume s’applique aux termes Père et Fils ? Ces termes reflètent-ils le caractère, la personnalité et la personne ou bien sont-ils simplement des titres fonctionnels et pratiques, des métaphores nous aidant à gratter la surface d’un grand mystère ?

   Il y a certainement des métaphores au sujet de Dieu que nous ne comprenons pas, mais le modèle d’une Trinité crée des mystères extrabibliques, qui imposent un retranchement derrière le mystère comme seule défense. Les choses qui sont révélées sont pour nous et nos enfants, et notre devoir est de les étudier et de trouver la réponse biblique. Je pense que Raoul Dederen le résume plutôt bien.

   La difficulté est évidente. Une doctrine qui affirme que Dieu est unique, et qu’il y a cependant trois personnes en Dieu, doit souvent dérouter la pensée dans sa tentative de trouver une structure pertinente et intelligible dans laquelle cette contradiction apparente peut être exprimée tout en pourvoyant aux besoins religieux moyens d’une personne. Il n’est pas surprenant que la référence au Père incompréhensible, au Fils incompréhensible et au Saint-Esprit incompréhensible ait encouragé des remarques sardoniques disant que la doctrine entière est incompréhensible (Raoul Dederen, Reflexions on the Doctrine of the Trinity[9] [Université d’Andrews, 1970]).

   Et ces remarques ne sont parfois pas sardoniques, mais simplement un cri de confusion et de tristesse alors que la doctrine de Dieu a été rendue si difficile à comprendre.

   Alors que je dialoguais avec Erwin Gane, il m’exprima la pensée suivante :

   Je pense que le problème provient d’une incompréhension de la l’enseignement de Jésus. Jean 14 : 9 dit, « Quiconque m’a vu a vu le Père. » Puis il poursuivit en disant « Je suis dans le Père et le Père est en moi. » Nous avons ici une relation mystérieuse. Il y a une unité d’existence entre le Père et le Fils qui est infiniment mystérieuse. Ils sont un dans un sens que la pensée humaine ne peut pas saisir. A tel point que Esaïe 9 : 6 peut se référer au Fils comme étant le « Dieu Puissant, Père Eternel. » Et Col. 2 : 9 nous dit qu’ « en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité. »

Gerhard Pfandl l’exprime ainsi :

   Dieu lui-même est un mystère, et combien plus l’incarnation ou la Trinité. Cependant, cela ne devrait pas nous troubler aussi longtemps que les différents aspects de ces mystères sont clairement enseignés dans l’Ecriture. Bien que nous ne puissions probablement pas comprendre logiquement les différents aspects de la Trinité, il nous faut essayer de comprendre aussi bien que possible l’enseignement scripturaire à son sujet. Toute tentative de décrire la Trinité sera déficiente, « particulièrement lorsque nous réfléchissons à la relation des trois personnes avec l’essence divine… tout analogie nous fait défaut, et nous devenons profondément conscients du fait que la Trinité est un mystère loin au-delà de notre compréhension. C’est la gloire incompréhensible de la Divinité. » C’est pourquoi nous avons raison d’admettre que « l’homme ne peut pas la comprendre et la rendre intelligible. Elle est intelligible dans certaines de ses relations et dans certains de ses modes de manifestation, mais inintelligible dans sa nature fondamentale » (The Trinity in Scripture[10], 1999).

   Si toute tentative d’expliquer la Trinité est déficiente et loin au-delà de notre compréhension, pourquoi en avons-nous donc fait un point fondamental de foi ? Si nous ne pouvons l’expliquer, nous sommes alors condamnés à induire les gens en erreur lorsque nous essayons de l’expliquer. Si nous ne pouvons l’expliquer, ne devrait-il pas y avoir une mesure de retenue contre le fait d’attaquer ceux qui seraient disposés à voir ce mystère sous une autre perspective ? Il est difficile d’être dogmatique au sujet d’un mystère. N’est-ce pas ? Je crois que c’est la raison pour laquelle Ellen White dit que chaque personne devrait étudier ce sujet pour elle-même et arriver à ses propres conclusions.[11]

   Je peux certainement voir comment cela peut être un mystère d’un point de vue Trinitaire, mais si la relation Père-Fils est au-delà de la compréhension de la pensée humaine, où allons-nous trouver un modèle de relation parfaite pour nous y conformer ? L’unité de la relation Père – Fils est-elle si difficile à comprendre ? Une fois de plus, il faut reconnaître qu’il y a des aspects de cette relation que nous ne comprenons certainement pas, mais est-elle mystérieuse au point que nous ne pouvons même pas nous identifier à eux ? Ellen White affirme clairement que l’unité entre le Père et le Fils peut être comprise, parce que c’est la même que l’unité qui existe entre Christ et ses disciples :

   Christ est un avec le Père, mais Christ et Dieu sont deux personnes distinctes. Lisez la prière de Christ dans le chapitre dix-sept de Jean, et vous verrez que cela est clairement établi. Avec quelle ferveur le Sauveur pria afin que ses disciples puissent être un avec lui, tout comme il est un avec le Père. Mais l’unité qui existe entre Christ et ses disciples ne détruit la personnalité d’aucun d’eux. Ils doivent être un avec lui, tout comme il est un avec le Père (The Review and Herald, 1 juin 1905).

   Ainsi, lorsque le Dr. Glane dit que Dieu est un dans un sens que nous ne pouvons comprendre, il a probablement omis de considérer la citation ci-dessus, et les sentiments de Jean 17. Seule la Trinité rend cette unité mystérieusement complexe, et pourtant, elle n’aurait pas besoin d’être aussi complexe. Dans la Bible, rien ne nous impose une telle complexité, à moins que nous voulions lui superposer nos présuppositions. Romains 1 : 20 affirme assez clairement que :

   En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’œil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages.

   Paul dit que les attributs invisibles de Dieu se voient clairement dans Ses ouvrages. Je pense que cela rend les choses assez claires. Sinon, la formule de Jean 17 : 3 pour le salut devient très problématique.

Dans la leçon de l’école du Sabbat du 10 avril 2008, Roy Adams affirme la chose suivante :

   Dans Jean 10 : 30, par exemple, Il déclara : ‘Moi et le Père, nous sommes un’. La forme neutre du Grec utilisé ici pour ‘un’ implique une union aussi proche que notre pensée puisse concevoir. Jésus et le Père sont d’une substance, d’une nature, et pourtant pas une et même Personne (dans ce cas, il aurait utilisé le genre masculin). Si vous avez des problèmes pour sonder les profondeurs de tout cela, vous êtes bien entourés. Plus vous sonderez ce sujet, plus vivement vous comprendrez les profondeurs de votre ignorance.

   Une fois de plus, d’un point de vue d’une égalité de puissance dans la Trinité, ce concept d’unité est effectivement un mystère insondable. Mais d’une perspective où le Fils est à l’image du Père et reçoit toutes choses de Lui dans une relation très étroite, nous pouvons certainement dire que la Divinité éternelle peut être comprise par les choses créées.[12] C’est la doctrine de la Trinité qui crée des impossibilités au point qu’il m’est demandé de croire en quelque chose que je ne peux même pas saisir, ou comprendre. Dieu dit, « Venez et plaidons » (Esaïe 1 : 18). Là aussi, j’affirme qu’il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas au sujet de Dieu ; elles n’ont pas été révélées, mais ce qui a été révélé affirme clairement qu’il y a un Père, la source de toutes choses, et Son Fils unique engendré, qui reçut un héritage du Père de façon à ce que toute la plénitude de la divinité demeure en Lui, et que Dieu est présent parmi nous comme personne au travers de l’Esprit omniprésent. Cela n’est pas compliqué, c’est plutôt simple, et tout cela est révélé dans l’Ecriture et est pour nous et nos enfants.[13]

   Mes principales inquiétudes au sujet d’un langage mystérieux sont l’impact qu’il génère sur l’identité de Dieu et notre capacité à être en relation avec Lui. Là encore, dans l’Ecole du Sabbat du 10 avril 2008, Roy Adams souligne la confusion potentielle d’identité qui peut survenir si nous croyons en la Trinité :

   Mais imaginez une situation dans laquelle l’être que nous avons appris à connaître sous le nom de Dieu le Père viendrait mourir pour nous, et où celui que nous avons appris à connaître comme Jésus restât dans le ciel (nous parlons en termes humains pour illustrer quelque chose). Rien n’aurait changé, si ce n’est que nous aurions appelé chacun d’eux par le nom que nous utilisons présentement pour l’autre. C’est cela ce que signifie l’égalité dans la Divinité.

   Ce qu’il faut retenir ici, c’est que l’identité de la personne n’a aucune importance, seul son emploi compte. Cela doit être le résultat inévitable d’une égalité de puissance.[14] C’est également le résultat d’une perception spiritualisée de Dieu. En termes humains, ça n’aurait pas d’importance pour vous d’appeler votre père maman, ou votre mère, papa ; la seule chose qui compterait serait le rôle qu’ils accompliraient à ce moment précis. Mais cela s’attaque au cœur même de l’identité relationnelle et de l’intérêt de connaître quelqu’un. Si une personne change comme dans le cas du Père et du Fils, elle cesse alors d’exister telle qu’elle était – la connexion est perdue et pareillement pour la bénédiction. Je ne peux pas accepter une telle spéculation et la rejette comme une attaque contre ma relation personnelle avec le Père et le Fils que j’ai appris à aimer et connaître au travers des Ecritures.

  

4. Une évaluation de la Divinité basée sur la performance (étudié au chapitre 21)

   C’est ici le problème principal dans mon esprit, et jusqu’à présent je n’ai trouvé dans aucun livre que le mot égal, ou égalité, signifie autre chose qu’une égalité basée sur la performance. Il semblerait qu’aucune alternative n’ait été perçue, et encore moins entretenue.

   En lisant le livre de Whidden, Moon, et Reeve, les termes « Entière Déité » sont présentés encore et encore en termes de puissance que Christ possède par Lui-même.[15] C’est sa propre puissance qui Le qualifie comme divin. On ne trouve nulle part l’idée qu’une telle puissance pourrait être héritée et que l’égalité se trouve dans la relation. J’affirme que l’égalité peut être perçue différemment et que la divinité du Christ peut être préservée, et même accentuée dans ce modèle.

Cette égalité basée sur la performance est clairement définie dans Questions on Doctrine :

   (1) Christ est un avec le Père éternel – un en nature, égal en puissance et en autorité, Dieu au sens le plus élevé, éternel et existant de lui-même, ayant une vie originelle, non empruntée, et non dérivée ; et (2) Christ existait de toute éternité, distinct du Père mais uni avec Lui, possédant la même gloire, et tous les attributs divins (p. 14, édition web disponible sur http://www.maranathamedia.com).

   Questions on Doctrine affirme clairement que la divinité de Christ lui vient catégoriquement de ses propres ressources et qu’il ne l’hérita en aucun cas du Père. Pendant des discussions personnelles avec certains érudits, on m’a dit exactement la même chose – la Déité peut uniquement être reconnue par la puissance auto-générée et la position. Je maintiens qu’une telle croyance ne provient pas de l’Ecriture, mais qu’elle est plutôt imposée aux Ecritures. C’est Lucifer, et non Christ, qui cherche l’égalité par la puissance et la position. L’égalité du Christ est assurée dans Sa relation avec le Père ; Il n’avait pas besoin de la prouver à Satan lors de la tentation dans le désert, et Il n’a pas besoin de nous la prouver. Nous pouvons tout simplement accepter la Parole du Père disant que Christ est Son Fils bien-aimé, et qu’il plût au Père qu’en Lui demeurât toute plénitude.[16]

   Je l’ai déjà citée précédemment, mais cette citation pourvoit au meilleur exemple de destruction de l’identité :

   Mais imaginez une situation dans laquelle l’être que nous avons appris à connaître sous le nom de Dieu le Père viendrait mourir pour nous, et où celui que nous avons appris à connaître comme Jésus restât dans le ciel (nous parlons en termes humains pour illustrer quelque chose). Rien n’aurait changé, si ce n’est que nous aurions appelé chacun d’eux par le nom que nous utilisons présentement pour l’autre. C’est cela ce que signifie l’égalité dans la Divinité (Leçon de l’Ecole du Sabbat, 10 avril 2008, italiques ajoutés).

   Si nous acceptons l’égalité basée sur la puissance, cette citation doit en effet être juste. Mais quelles sont les implications ? L’identification des individus perd toute raison d’être ; elle ne peut plus représenter qui est cette personne. Ce principe peut ouvrir la porte à l’identité de rôle, donnant une identité neutre à chaque membre de la Divinité et jetant la confusion quant à notre relation avec eux.

   Vance Ferrell poursuit ce principe dans la déclaration suivante :

   Les gens confondent la nature de la Divinité avec Leur œuvre. Alors que nous sommes renseignés sur la mission individuelle de chaque membre pour sauver l’humanité, nous sommes tentés d’imaginer que leurs activités individuelles et leur œuvre pour l’humanité expliquent la nature et les attributs intérieurs de chacun d’Eux. Pourtant, nous sommes limités par notre langage. Ainsi, en identifiant chaque membre de la Divinité, dans ce livre nous parlerons d’Eux comme du Père, du Fils ou Christ, et du Saint-Esprit. Le problème ici est que ces noms identifient Leur œuvre, pas Leur nature (Defending the Godhead,[17] p. 7).

   Vance Ferrell indique tout comme Roy Adams que les termes Père et Fils ne reflètent pas leur identité, mais leur œuvre. Ne peut-on donc pas réaliser qu’il s’agit là d’une destruction de l’identité et que cela nous met dans l’impossibilité de connaître les membres de la Divinité ? La réponse est prête : « Mais Dieu est un mystère au-delà de notre compréhension. » Finalement, Dieu est rendu inconnaissable, et c’est là le génie de la doctrine de la Trinité – de faire passer une doctrine pour un moyen de se souvenir de Dieu, alors qu’elle conduit réellement à L’oublier. J’ai observé que ceux d’entre nous ayant grandit dans l’ère moderne posent simplement la question, « Est-ce juste ? » Cependant, pour ceux d’entre nous qui avons grandi dans l’ère post-moderne où les éléments relationnels sont devenus de plus en plus importants, la Trinité continuera à être attaquée comme manquant à pourvoir aux besoins relationnels des gens, en plus du fait qu’elle n’est pas explicitement enseignée dans la Bible.

   Je pourrais citer plusieurs autres exemples, mais celui-ci semble être généralement accepté comme un principe universel pour déterminer la Divinité. Je rejette ce principe en m’appuyant sur le fait que cette méthodologie n’est pas soutenue par l’Ecriture.

 

5. Conduire la discussion en termes de crédos de Nicée et d’Athanase

   Je suis très étonné que beaucoup dans notre église soient prêts à accepter les crédos de Nicée et d’Athanase comme point de départ pour aller de l’avant et comme contexte légitime pour discuter de la Divinité. Ces crédos furent introduits dans une période d’apostasie complète, et comme ces crédos furent formulés pendant la période de Pergame, je les trouve très suspects. Dans son livre Understanding the Trinity,[18] Max Hatton commence le premier chapitre en citant le Crédo d’Athanase.[19] Bien qu’il en modifie certains aspects, c’est néanmoins son point de départ. Quiconque étudie l’histoire du développement de ces crédos, comprendra que Dieu n’a jamais participé à leur formulation.

   Il existe une forme plus subtile pour ramener le débat sur la Divinité à l’apostasie du troisième et du quatrième siècle, et c’est l’emploi continuel de labels tels que Arien et semi-Arien. Qu’une personne croit ou non à ces crédos, l’emploi de ces termes revient à immédiatement placer la scène de l’orthodoxie ou de la non-orthodoxie dans le contexte des crédos de Nicée et d’Athanase. Il me semble vraiment étrange que certains Adventistes vont d’un côté prétendre rejeter la Trinité Catholique et pourtant utiliser des labels issus de la formulation Catholique de la Trinité. Pourquoi ne pas utiliser le terme semi-Trinitaire ? Il est tout aussi explicite que semi-Arien.

   Une troisième question que je trouve intéressante est que de nombreux érudits Adventistes citent favorablement des œuvres d’érudits contemporains Protestants au sujet de la Divinité. Je trouve difficile à croire qu’une personne ayant foi en l’immortalité de l’âme et croyant également que Dieu brûle les pécheurs dans l’enfer pour toujours, puisse avoir une juste conception de Dieu.[20] Je pense que ces auteurs adorent un dieu et parle d’un dieu que je ne reconnais pas, et que je n’adorerai pas non plus ; c’est pourquoi, citer leurs œuvres favorablement et faire écho à leurs sentiments pourrait sembler faire preuve d’érudition, mais cela est dangereux et peut conduire à de fausses conclusions.

 

6. Faire des suppositions (étudié au chapitre 27)

   Lorsqu’il s’agit de la vérité, est-il sage de supposer des choses qui ne sont pas affirmées dans l’Ecriture ? L’église accepte que la doctrine de la Trinité est exactement cela – une supposition.

   Bien que pas un seul passage biblique ne mentionne spécifiquement la doctrine de la Trinité, les écrivains bibliques supposent qu’elle est factuelle et la mentionnent à plusieurs reprises. Ce n’est que par la foi que nous pouvons accepter l’existence de la Trinité (Adventist Review, p. 158, no. 31, 1981, italiques ajoutés).

   Bien que l’Ancien Testament n’enseigne pas explicitement que Dieu est trin, il fait allusion à une pluralité dans la Divinité (Ce que Croient les Adventistes… Une Exposition Biblique de 27 Doctrines Fondamentales [Review & Herald Publishing Association, 1988], p. 22).

Fernando Canale a raison d’affirmer :

   Etant donné que la philosophie humaine est appelée à être subordonnée à la Bible, et puisque la philosophie divine est déjà disponible dans les Ecritures, notre compréhension de Dieu doit rester libre des spéculations humaines (Fernando L. Canale, « Doctrine de Dieu, » The Handbook of Seventh-day Adventist Theology,[21] Encyclopédie Adventiste du Septième Jour, vol. 12, p. 105).

   Mais plus loin, il fait une affirmation qui renie complètement son affirmation précédente :

   Le concept de la Trinité, plus spécifiquement l’idée que les trois sont un seul, n’est pas explicitement établi, mais seulement supposé (Idem, p. 138).

   Beaucoup accepteraient que c’est une supposition humaine calculée sur la base de ce qui semble correct, mais en final on doit reconnaître que c’est de la spéculation humaine. H. Maldwyn Hugues, le tout premier principal de Wesley House, une faculté de théologie Méthodiste, reconnaît cette spéculation lorsqu’il affirme :

   La doctrine de la Trinité n’est pas avant tout une doctrine spéculative. C’est une construction spéculative de matériaux pourvus par la révélation et l’expérience Chrétienne. La définition a résisté à l’épreuve du temps, principalement parce qu’on croit que l’Eglise fut divinement guidée en la formulant (H. Maldwyn Hughes, M.A., D.D., Christian foundations, An introduction to Christian doctrine, [22] quatrième édition, Juillet 1933, p. 141).

   Certains ergoteront peut-être qu’il s’agit d’une perspective méthodiste, mais les érudits Adventistes citent librement les érudits évangéliques pour argumenter en faveur de la Trinité. Un grand nombre de ces érudits admettent que la Trinité n’est pas une doctrine fondée sur la Bible :

   Les exégètes et les théologiens s’accordent aujourd’hui pour dire que la Bible hébraïque ne contient pas une doctrine de la Trinité, bien qu’il était de coutume, dans les anciens tracts dogmatiques sur la Trinité de citer des textes tels que « Créons l’homme à notre image, selon notre ressemblance (voir également Gn. 3 : 22, 11 : 7, Es. 6 : 2-3), comme preuve de la pluralité de Dieu (« Trinity, » Encyclopedia of Religion,[23] vol. 15, 1987, p. 54).

Plus loin nous pouvons également lire :

   De plus, les exégètes et les théologiens reconnaissent également que le Nouveau Testament ne contient pas une doctrine explicite de la trinité (Idem).

   Alors que certains spécialistes seraient peut-être en désaccord avec cette affirmation, il semble que la majorité l’admette. La question se pose : Est-ce ainsi que nous devrions former une doctrine biblique ?

   Une fois de plus, Whidden, Moon et Reeve s’appuient sur de forts indices plutôt que sur des déclarations explicites, lorsqu’ils disent :

   L’indice le plus fort en faveur d’une telle divinité trois-en-un se trouve probablement dans la commission évangélique que Jésus donna à l’église dans sa formule baptismale : ‘Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit’ (Matt. 28 : 19) (The Trinity, p. 32).

   Les indices les plus forts ne sont bien-sûr pas des affirmations explicites. Utiliser une méthode d’indices les plus forts en faveur de ce que vous voulez trouver peut conduire à des affirmations comme la suivante :

   Mais qu’en est-il de la prière adressée directement au Saint-Esprit ? Alors que nous n’avons pas d’exemple clair d’une telle prière dans la Bible, ni de commandement direct la soutenant, agir ainsi doit en principe avoir un soutient biblique implicite. …Il semble simplement logique que le peuple de Dieu puisse prier directement le Saint-Esprit et l’adorer (The Trinity, p. 273).

   Ça alors ! C’est un appel impressionnant. Bien que la Bible ne l’ordonne pas, ces hommes estiment qu’il est acceptable de prier directement le Saint-Esprit. Est-ce là un principe biblique fiable ? Je pense que Richard Rice répond parfaitement à la question, alors qu’il dit :

   Le rôle de la trinité dans une doctrine de Dieu soulève toujours des questions. L’une des raisons est que le mot lui-même ne se trouve pas dans la Bible, et cette idée n’y est pas non plus clairement affirmée. Mais la Bible pourvoit au contexte pour sa formulation, et le concept représente un développement de déclarations et de concepts bibliques. Ainsi, bien que la doctrine de la trinité ne fasse pas partie de ce que la Bible elle-même enseigne au sujet de Dieu, elle fait partie de ce que la Bible doit dire pour sauver la compréhension biblique de Dieu (The Reign of God, An Introduction to Christian Theology from a Seventh-day Adventist Perspective,[24] [Andrews University Press, 1985]).

   L’admission est claire. La Trinité est un moyen que l’église a estimé devoir élaborer afin de préserver ce qu’elle croit que la Bible essaye de dire au sujet de Dieu. C’est ici un cas clair où la tradition est placée au-dessus des Ecritures et où la sagesse des hommes se croit plus sage que Dieu.

Autre supposition :

   Aucun Trinitaire informé n’a jamais dit que 3 personnes = 1 personne. Ce que les Trinitaires disent vraiment, c’est que ce que nous ne pouvons décrire que comme trois personnes existe globalement en une substance. Les Trois Personnes sont donc le Dieu Unique (Understanding the Godhead, p. 133).

   Une fois de plus, c’est là une assertion de taille sans soutien scripturaire. Je pense que de nombreux Trinitaires réfléchis reculeraient devant l’affirmation ci-dessus, et j’en connais au moins un qui la définit comme une hérésie.[25]

Voici une autre citation :

   Bien que le mot Trinité ne se trouve pas dans la Bible (tout comme le mot incarnation), l’enseignement qu’il décrit s’y trouve clairement. Définie brièvement, la doctrine de la Trinité représente le concept selon lequel « Dieu existe éternellement en trois personnes, Père, Fils et Saint-Esprit, et chaque personne est entièrement Dieu, et il y a un Dieu » (Gerhard Pfandl, The Trinity in Scripture[26], Juin 1999).

   Une fois de plus, il est admis que la doctrine n’est pas explicitement enseignée, mais qu’elle se trouve pourtant dans l’Ecriture. Est-ce là une procédure fiable pour une doctrine clé de l’Eglise Adventiste ?

   L’une des lectures les plus fascinantes est la description que fait Vance Ferrell du conseil céleste, de la manière dont chaque membre de la Divinité décida des rôles, et de comment les trois ont fini par résoudre le problème :

   Retournons maintenant à ce lointain passé. Les trois membres de la Divinité durent trouver un moyen de résoudre trois problèmes inhérents :

   Le premier problème était que la Divinité avait une puissance, une autorité et un intellect considérables. – Les anges, les habitants des autres mondes, et les humains sur la terre auraient beaucoup de peine à interagir avec Eux et à Les aimer. Bien que j’aime les petits animaux sauvages qui vivent autour de ma maison de campagne, ils ont constamment peur de moi. Réalisant que je semble avoir des capacités et une puissance immenses qui les dépasse complètement, ils sont craintifs.

   La Divinité reconnut qu’Ils rencontreraient plus tard ce même problème alors qu’Ils créeraient des êtres subordonnés à ce point à Eux. Comment pourraient-Ils exprimer la profondeur immense de Leur amour pour ces créatures et les en convaincre ?

   Le deuxième problème était le fait qu’ils étaient trois dans la Divinité. Il est difficile de s’identifier à trois chefs. Pensez-y un moment. (Par exemple, comment un homme déchu pourrait-il prier trois Dieux ?) Il fallait un modèle spécial, afin que les hommes regardent à un Dieu souverain comme Seigneur de tout dans leurs vies.

   Le troisième problème était que chacun des membres de la Divinité avait besoin d’un nom spécifique par lequel Leurs créatures pourraient s’identifier à eux et partiellement les comprendre. Gardez à l’esprit que chacun d’eux était entièrement divin, ayant toute la puissance des deux autres ; pourtant, il leur fallait des noms distincts.

   Alors que chaque membre de la Divinité, étant infini, disposait de la toute-puissance, chacun maintenait une position et une œuvre différente de celle des deux autres. Cela n’était pas difficile à faire, puisque l’un d’entre Eux était déjà l’Être suprême. Un autre était le Fils bien-aimé. Le troisième était le Saint-Esprit. Leurs positions et leurs actions résoudraient chacun des trois problèmes mentionnés plus haut.[27]

   Cela est extrêmement spéculatif, et ne se trouve bien-sûr pas dans la Bible.[28] Une fois que vous n’êtes plus liés à l’Ecriture, il devient très simple de défendre votre position, et vous pouvez également devenir très créatif. Respectons-nous vraiment le « Sola Scriptura » dans nos croyances ?

  

7. Utiliser les présuppositions pour forcer les citations d’EGW à soutenir la Trinité (étudié au chapitre 15)

   Cette méthode est commune et fut premièrement utilisée par Froom, alors qu’il compila le livre Evangéliser. Bien que l’église ne croit généralement pas à l’utilisation d’Ellen White à des fins doctrinales, je trouve intéressant que dans l’histoire de la Trinité, elle soit considérée comme la personne principale ayant fait basculer la doctrine de l’église vers une compréhension Trinitaire de la Divinité. Si cette doctrine n’était pas populaire, comme celle du jugement investigatif, les gens de l’extérieur étudiant notre histoire pourraient nous accuser de tirer notre croyance en la Trinité d’Ellen White au lieu de la Bible, une pensée intéressante.

   Ellen White fait de nombreuses affirmations. Certaines semblent en effet indiquer une position qui reflète la croyance en la Trinité, et elles sont régulièrement citées. Mais qu’en est-il des nombreuses autres qui défendent une position complètement contraire ? La seule personne que j’ai lue, et qui a sérieusement essayé de défendre la Trinité en utilisant toutes les citations d’Ellen White est Vance Ferrell. J’ai du respect pour cet effort, mais tous les méandres et les détours nécessaires à cela aboutissent à une lecture très singulière.

   Pour d’autres, Ellen White est très arrangeante ; elle peut être citée lorsqu’elle nous approuve, et considérée comme simple humaine lorsque ce n’est pas le cas. J’analyse cette question en détails tout au long de ce manuscrit, parce que ce furent les citations contradictoires d’Ellen White qui ont tout d’abord éveillé mon intérêt pour ce sujet. Bien sûr, ceux qui s’opposent à la Trinité utilisent souvent le processus similaire consistant à utiliser Ellen White pour défendre leur position et nier les affirmations qui semblent soutenir la Trinité. Une fois de plus, je remets en question la méthode utilisée ici.

   Que nous le voulions ou non, que nous la traitions d’humaine telle que nous, ou d’une petite lumière, ou de non doctrinale, aussi longtemps que nous encouragerons les gens à lire les écrits d’Ellen White, cette question ne cessera pas de remonter à la surface. Elle ne disparaîtra pas tout simplement. Elle fait trop d’affirmations qui ne soutiennent pas la compréhension actuelle de la Divinité. Ainsi, il se trouve que le prophète qui nous a conduits vers les libertés et le respect du Christianisme évangélique par les révélations de ses déclarations au sujet de la Trinité, est maintenant comme une vieille ancre qui nous contrarie quelque peu. Permettrons-nous à cette ancre de nous retenir, ou bien nous en débarrasserons-nous et laisserons-nous nos vues spiritualisées nous amener à nous fracasser sur les rochers de l’œcuménisme ?



[1] L.E. Froom, The Coming of the Comforter, ed. rév., 1956.

[2] Pour une étude plus exhaustive sur ce sujet, voir le travail de Brendan Knudson, en anglais, The Alpha and Omega of Deadly Heresy. Commentant l’œuvre de Froom, Knudson fait cette observation importante : « C’est en grande partie de Froom que l’église a hérité son herméneutique en interprétant les citations d’Ellen White concernant le Père, le Fils et l’Esprit. Il se vantait un jour devant R. A. Anderson avec lequel il avait travaillé pour compiler le livre Evangéliser : “Je suis certain que nous sommes d’accord sur le fait que le livre ‘Evangéliser’ est l’une des grandes contributions à laquelle l’Association Ministérielle ait pris part ces jours-ci. Tu sais quel effet il a eu sur les hommes de l’Union du Columbia qui se sont trouvés face à face avec les citations claires et non équivoques de l’Esprit de Prophétie sur la Divinité de Christ, la personnalité du Saint-Esprit, la Trinité et ce qui s’y rapporte. Ils devaient baisser les bras et accepter ces citations, ou rejeter l’Esprit de Prophétie.” (Lettre, 18 juin 1966). Ici, nous voyons certaines des motivations politiques de Froom pour amener la dénomination à une position de la Trinité basée sur une vue métaphysique du Père et du Fils et une compréhension de la personnalité comme étant une forme ou un corps. Quelles qu’aient été les motivations de Froom, il est impossible de ne pas comparer ses vues avec celles de Kellogg.

[3] Journal de la Société de Théologie Adventiste.

[4] Whidden, Moon et Reeve, The Trinity, p. 94.

[5] Testimonies for the Church, vol. 8, p. 269.

[6] Jean 17 : 3.

[7] Le Ministère de la Guérison, p. 347.

[8] Prophets and Kings, p. 481.

[9] Reflexions sur la doctrine de la Trinité.

[10] La Trinité dans l’Ecriture.

[11] Je le dis, et l’ai toujours dit, je n’entrerai pas en controverse avec qui que ce soit quant à la nature et la personnalité de Dieu. Que ceux qui essayent de décrire Dieu sachent que sur un tel sujet le silence est éloquent. Que les Ecritures soient lues avec une foi simple, et que chacun forme son concept de Dieu de Sa parole inspirée (Spalding Magan Collection, p. 329).

 

[12] Romains 1 : 20.

[13] Deutéronome 29 : 29.

[14] Nous voyons ce principe reflété dans une sphère humaine avec la recherche toujours plus grande pour l’ordination de femmes pasteurs et anciens. L’identité de femme est dénuée d’importance. Seul le travail compte et est complètement interchangeable, avec pour résultat une confusion d’identité et de relation.

[15] Whidden, Moon et Reeve, The Trinity, p. 23-30.

[16] Colossiens 1 : 19.

[17] Défendre la Divinité.

[18] Comprendre la Trinité. Ndt. Max Hatton est un pasteur Adventiste à la retraite, ayant exercé le pastorat pendant 27 années comme pasteur en fonction, après quoi il écrivit son livre sur la Trinité.

[19] Max Hatton, Understanding the Trinity, p. 13.

[20] Il ne s’agit pas d’une raison pour blâmer ou attaquer les auteurs eux-mêmes ; ce n’est que l’héritage qu’ils ont reçu des pères de l’église.

[21] Le Manuel de la Théologie Adventiste du Septième Jour.

[22] Fondements Chrétiens, Une introduction à la doctrine Chrétienne.

[23] “Trinité,” Encyclopédie de la Religion.

[24] Le règne de Dieu, Une introduction à la théologie Chrétienne d’une perspective Adventiste du 7ème Jour.

[25] Vance Ferrell, Defending the Godhead (Défendre la Divinité), chap. 4 et 5.

[26] La Trinité dans l’Ecriture.

[27] Defending the Godhead, p. 10, 11.

[28] Le niveau élevé de spéculation de Vance Ferrell m’a déçu, car son œuvre sur d’autres points est assez bonne.