5. Dieux Identiques, Noms Différents

 

Chapitre 5 – Dieux Identiques, Noms Différents

 

A.Une Transformation Radicale

   La pièce était pleine de vie : l’activité, les rires, la musique et l’excitation de la jeunesse allaient bon train. Vers le devant de la pièce se trouvaient deux gros haut-parleurs martelant les rythmes directifs auxquels s’ajoutaient d’entêtants riffs de guitare. J’avais organisé une fête pour m’amuser avec un groupe d’amis – enfin, c’est ce que j’ai essayé de faire. J’allai m’asseoir dans un coin de la pièce où un jeune mouvementé décrivait une scène issue d’un des derniers films. Je me suis calmé, et j’ai essayé d’absorber l’atmosphère, mais quelque chose n’allait tout simplement pas. Je me levai, et sortis sur la terrasse de derrière, où je rejoignis certains Roméos qui racontaient leurs derniers exploits, alors qu’ils avaient capturés les femmes de leurs rêves. Non, là non plus, je ne pouvais tout simplement plus trouver ma place. « Mais qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » Ai-je pensé. La musique commençait à m’irriter les nerfs, et alors que je jetai un regard à travers la pièce, je vis une scène de film que je trouvai très offensante. La pensée me heurta comme un train de front – Je déteste ça !

   Ma pensée s’accéléra dans divers scénarios possibles. Jusque là, cela avait été ma définition du plaisir, et maintenant, je ne pouvais plus le supporter. Quelque chose s’était emparé de mon cœur, et me mis dans l’incapacité de maintenir le statu quo. Une pensée horrible sortit de l’abîme et me dit que ma vie, ou mon plaisir de vivre était à leurs termes, et que je ne pourrai plus jamais m’amuser. La peur fut si grande que j’expérimentais une grande tentation de cesser de me soumettre à mon Sauveur et de retourner à mon ancienne vie. Merci Seigneur, Jésus m’a patiemment guidé à travers cela, et nous avons continué de marcher ensemble dans l’amour.

   Pendant les quelques semaines qui suivirent mon expérience de la route de Damas, ma vie fut entièrement bouleversée. Je n’avais jamais ressenti autant de paix jusqu’à ce jour, et la Bible commençait à prendre vie. J’absorbais tout cela et j’expérimentais une liberté que je n’avais jamais connue auparavant. Lorsque Jésus entra dans ma vie, ça a fait boum. Je me rendis soudainement compte qu’une partie de mon langage était inappropriée, que certaines de mes blagues étaient plutôt vulgaires, et que certains aspects de ma vie étaient incompatibles avec la nouvelle direction que je prenais à présent. J’étais en route vers un nouveau royaume. C’était comme aller dans un pays entièrement nouveau, et en apprendre le langage et les habitudes à partir de zéro. Je voulais apprendre parce que j’aimais le Seigneur de ce royaume, mais j’avais été éduqué dans un autre royaume et c’est pourquoi il allait me falloir du temps pour m’ajuster.

   Ce n’est qu’à partir de la nuit de cette fête que j’ai réalisé la transformation radicale qui avait lieu. Etant donné que Jésus avait conquis mon cœur par son amour, Je ne pus pas lui résister lorsqu’il appela. Ainsi, la nuit de cette fête, alors que je faisais ce que je pensais être acceptable, je pus sentir qu’il m’appelait à quitter ce genre de vie. Comme je ne connaissais rien d’autre, je m’inquiétais à l’idée que ce qui le remplacerait ne serait pas aussi bien. C’est tellement normal d’avoir peur de l’inconnu, même lorsqu’on sait que c’est juste. Dieu merci, j’ai choisi de faire confiance à Jésus, de croire qu’il prendrait soin de moi, et qu’il valait mieux Lui faire confiance plutôt que de me fier à mes sentiments.

   Lorsque j’ai accepté Jésus comme mon Sauveur, j’étais comme sur un nuage pendant des semaines. Je sentis une proximité particulière avec Lui, et cette proximité m’est restée jusqu’à ce jour. Jésus avait ouvert pour moi les écluses des cieux, mais il devait maintenant m’aider à enlever les germes de la pensée fondée sur la performance. Il devait m’aider à déraciner cette philosophie de vie qui faisait de ma performance et de mes réalisations, – ce que je faisais, et la qualité avec laquelle je le faisais / le centre de mon système de valeurs – qui j’étais et la valeur de ma personne. C’est un voyage que chaque enfant d’Adam doit entreprendre. La seule manière d’y arriver est de garder nos yeux fixés sur la croix et d’embrasser audacieusement les principes du nouveau royaume.

   J’ai commencé à participer à une réunion de prière avec mes amis. Ce premier soir, alors que nous étions prosternés ensemble, je sentis le doux Esprit de Dieu nous envelopper, mais il y avait un autre esprit, celui de mon ancienne vie fondée sur la performance qui me harassait. Alors que nous priions en faisant le tour du cercle, une pensée me frappa,  je ne peux pas prier comme prient ces gens ; ils sont si éloquents. Il semblait que mon esprit était enfermé dans cette pensée, et alors que les prières du cercle se rapprochaient de moi, les battements de mon cœur commencèrent à s’accélérer de plus en plus dans l’anticipation. Bientôt, j’allais être sous les projecteurs. L’attention de tous allait être focalisée sur moi, et tout le monde allait m’écouter. Mais, attendez un instant ; Il s’agissait d’une réunion de prière au sujet de Jésus, pas de moi !

  

B. L’Ancienne Vie Meurt Difficilement

   C’est là la malédiction de la pensée fondée sur la performance. Bien que j’avais donné mon cœur à Jésus et que je cherchais à Le suivre, les principes de mon ancienne vie étaient encore prêts et disponibles pour me faire retomber et faire de moi-même le centre de tout le reste – de mettre ma performance dans la prière au cœur de l’événement plutôt que ma relation avec Dieu dans la prière.

   Lorsque j’ai commencé à étudier la Bible pour la première fois, je me suis souvent senti incapable, car bien que j’avais grandi dans un environnement chrétien, je réalisais qu’en termes de connaissances bibliques, je n’avais pas passé le niveau de la maternelle. J’aimais écouter ce qui m’était enseigné, mais au fond de moi-même, quelque chose continuait à me titiller : Comment peuvent-ils seulement chercher ces versets si facilement, je ne pourrais jamais faire cela. Je fouillais maladroitement, essayant de trouver le livre et le verset, et je priais pour ne surtout pas être le dernier, ce qui obligerait les autres à m’attendre – quel embarras ! Les années de formation que j’avais reçues à me comparer avec les autres commencèrent à remonter à la surface dans mon nouveau voyage de Chrétien. Il était relativement facile pour le Saint-Esprit de me convaincre au sujet de mon langage et de mon style de vie, mais cela allait prendre du temps pour moi de réaliser à quel point les tentacules de la pensée fondée sur la performance étaient enracinées.

   Alors que je continuais mon voyage, je développais un amour profond pour la Bible. C’était l’une des meilleures façons pour moi de mieux connaître mon Héros qui donna Sa vie pour moi. J’aimais tellement étudier au sujet de Jésus, et c’était une telle bénédiction, mais mon ancienne vie était prête à me piéger. Avec le temps, j’ai commencé à remarquer que les gens qui m’entouraient avaient beaucoup moins de connaissances bibliques que moi. Ma connaissance biblique grandissante me donnait plus d’assurance pour prendre la parole, et bientôt je dirigeais de petits groupes, puis de grands groupes dans l’étude Biblique. Encore une fois, cela était une telle bénédiction pour moi et pour ceux qui m’entouraient, mais je reculais lentement mais sûrement vers une plateforme de valeur par la performance plutôt que de valeur par la relation. Cela se passe lentement et imperceptiblement, mais cela a lieu. Avec du recul, je vois que pour beaucoup d’entre nous, nous avons les mêmes dieux, mais avec des noms différents. Nous greffons notre foi Chrétienne sur notre souche de valeur par la performance.

En considérant le tableau ci-dessous, vous pouvez voir combien il est facile de croire en la Bible mais de vivre comme le monde. Je ne parle pas d’avoir un style de vie dépravé, mais d’obtenir votre valeur par ce que vous faites.

 

Dans le monde

Dans l’Eglise

Education

Connaissance Biblique

Capacité athlétique

Capacité de parler en public

Travail

Fonctions dans l’Eglise

Possessions

Dons spirituels

Apparence physique

Défilé de mode dans l’Eglise

Nationalité

Théologie conservatrice/libérale

 

   Pour beaucoup d’entre nous, notre marche avec Jésus est détournée par le pouvoir insidieux de mensonge du serpent. Alors que je regarde autour de moi dans l’église actuelle, je peux voir que les dieux que nous avons cherchés à fuir dans le monde nous ont trouvé dans l’église. Ils se sont revêtus de vêtements de lumière, et nous les avons accueillis comme de bons amis. Le résultat inévitable est l’amertume, la colère, et la dispute dans l’église.

 

C. Le Fossé Entre Croyance et Action 

   C’est tellement facile d’avoir l’air d’un saint dans l’église, mais qu’en est-il de la personne assise à l’autre bout qui ne vous parlera pas parce que vous avez dit quelque chose à son sujet dans son dos, et qu’elle l’a appris. Qu’en est-il de la pianiste qui a rejoint une autre église, parce qu’on lui a dit que sa musique laissait à désirer ? Qu’en est-il de la police doctrinale qui rôde dans les rangs de l’église pour trouver ceux qui refuseront de se plier à leur définition de l’orthodoxie, afin de les exclure ? Qu’en est-il de ces « esprits libres » qui cherchent à  s’emparer du comité d’adoration et d’obliger tout le monde à suivre leur nouveau style d’adoration – tant pis pour ceux qui ne l’aiment pas ? La liste est sans fin, et le grand ennemi de nos âmes sait qu’aussi longtemps qu’il pourra nous faire danser sur cette musique, nous serons encore essentiellement des sujets de son royaume. Il se peut que nous croyions dans les enseignements du Christ, mais nous vivons encore comme le diable, avec une pensée basée sur la performance. Nous sommes coincés entre :

 

Schéma


   La plus grande preuve que nous sommes encore paralysés par les principes du royaume de Satan est le haut niveau de division et de manque d’amour Chrétien dans l’église. Si nous considérions nos relations comme Dieu considère les Siennes, il y aurait beaucoup plus d’amour dans l’église et davantage d’égards dans la manière dont nous nous traitons les uns les autres.

   Il est très intéressant que ce transfert subtil de dieux depuis le monde vers l’église dans nos expériences personnelles, a aussi eu lieu dans l’expérience de l’église organisée. Au quatrième siècle, lorsque l’empereur Constantin « embrassa » le Christianisme, il y eut toute une série de changements dans l’église Chrétienne. Une chose particulièrement intéressante est qu’un grand nombre des statues des dieux païens venant du Panthéon furent transférées dans l’église Chrétienne, et les noms furent simplement changés en caractères bibliques tels que Moïse, David et Pierre. Les mêmes dieux, juste des noms différents !

   Peu importe comment vous l’habillez, c’est toujours païen. Et que pouvons-nous dire aujourd’hui ? C’est une chose d’attaquer l’église organisée pour son apostasie de la vérité apostolique. C’est une autre chose de voir les mêmes principes en action dans nos vies. Soyons assurés de nos occuper de la poutre qui se trouve dans notre propre œil, avant de chercher à enlever la paille de l’œil de notre frère.

   Il est intéressant d’étudier le parcours des hommes les plus ardents pour Christ – Ses disciples. La question de la puissance et de la position a souvent fait surface. Considérons à présent quelques passages des Ecritures :

   En ce moment, les disciples s’approchèrent de Jésus, et dirent : Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? (Matt. 18 : 1).

   Il y a une raison et une seule pour laquelle les disciples posèrent cette question – l’égocentrisme. Les disciples croyaient que Jésus était le Messie, le Christ. Ils étaient excités et passionnés au sujet de leur foi en Lui, certains étaient même prêts à mourir pour Lui, mais tout comme lorsque je commençai à prier et que ma pensée est passée de ma relation à ma performance dans la prière, les disciples passèrent de leur relation avec le Messie à leur position dans Son nouveau royaume.

   Les fils de Zébédée, Jacques et Jean, s’approchèrent de Jésus, et lui dirent : Maître, nous voudrions que tu fisses pour nous ce que nous te demanderons. Il leur dit : Que voulez-vous que je fasse pour vous ? Accorde-nous, lui dirent-ils, d’être assis l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, quand tu seras dans ta gloire (Marc 10 : 35-37).

   Le dieu de la position et du statut avait tellement pris le dessus sur les nouveaux principes que Jacques et Jean apprenaient, qu’ils demandèrent Jésus s’ils pouvaient avoir les deux plus hautes positions dans Son royaume ! Heureusement, Jésus ne s’est jamais lassé de leur échec continuel à abandonner les principes de l’ancien royaume. Il comprend que ça nous prend du temps de réaliser à quel point les principes du royaume de Satan sont profondément enracinés. Le problème que nous rencontrons est que lorsque nous permettons à ces anciens principes de prendre le dessus, la chose suivante a lieu :

   Les dix, ayant entendu cela, commencèrent à s’indigner contre Jacques et Jean (Marc 10 : 41).

   Lorsque nous permettons aux principes de l’ancien royaume de nous diriger, il en résultera toujours des disputes. L’action de Jacques et Jean mit les autres disciples en colère. Pourquoi ? Parce que tous les autres reçurent le message, « nous sommes meilleurs que vous ». Il se peut que ce ne fût pas là leur intention, mais ça en est presque toujours le résultat. Jésus saisit cette opportunité pour essayer de développer à quel point le royaume de Dieu était différent de celui dans lequel ils avaient grandi. Ils devaient apprendre à penser différemment.

   Jésus les appela, et leur dit : Vous savez que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les dominent. Il n’en est pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur ; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu’il soit l’esclave de tous. Car le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs (Marc 10 : 41- 45).

   Que ces paroles résonnent à toujours dans nos oreilles ! Si vous souhaitez être grands dans le royaume de Dieu, alors apprenez à servir les autres plutôt que de les manipuler et de les contrôler afin qu’ils puissent vous servir. Jésus nous dit que les païens (les gentils) dominent sur les autres, qu’ils ont du plaisir à exercer leur autorité et à leur faire savoir qui est le chef. Curieusement, ce même esprit dirige souvent l’église par différents membres qui cherchent à lui imposer leur volonté et leur autorité.

   Pourquoi l’ennemi de nos âmes a-t-il tant de facilité à nous ramener dans nos anciennes façons de penser ? Comme nous l’avons exprimé plutôt, c’est notre profond sentiment d’insécurité qui rend la chose si aisée à Satan de nous pousser à nous affirmer. A moins de nous souvenir de la manière dont nous pouvons obtenir notre valeur, il nous sera impossible de résister à la tentation de changer les pierres en pain afin de prouver notre importance.

   Il est une chose que je trouve très effrayante au sujet de ce principe basé sur la performance qui s’attache à nous d’une manière aussi tenace. Jésus fut le meilleur enseignant que ce monde n’a jamais vu. Il passa plus de trois années avec ses disciples, les enseignant autant qu’il le pouvait au sujet du royaume de Dieu, et même après cela, il se trouve qu’à la nuit même de la crucifixion, les disciples étaient encore contrôlés par les principes de l’ancienne vie.

   De la même manière, il prit la coupe après le souper, disant : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous. Cependant, voici, la main de celui qui me livre est avec moi à cette table. Le Fils de l’homme s’en va selon ce qui est déterminé. Mais malheur à l’homme par qui il est livré ! Et ils commencèrent à se demander les uns aux autres qui était celui d’entre eux qui ferait cela. » (Luc 22 : 20-24)

   Le soir même de la plus grande démonstration d’amour dont l’univers n’a jamais été témoin, ceux qui étaient le plus près de Jésus, qui en savaient plus au sujet de Son royaume que qui que ce soit d’autre, argumentaient pour savoir lequel d’entre eux était le plus grand. La tristesse de Jésus à ce moment a dû être immense ! Se peut-il que ceux d’entre nous qui prétendent être des disciples de Jésus répètent les mêmes erreurs que les disciples – que nous soyons des disciples fervents de Jésus, tout en nous bagarrant pour savoir lequel de nous est le plus grand ?

   C’est une chose que d’être contrôlés par des principes basés sur la performance dans le monde, mais c’est encore pire d’être contrôlés par ces principes dans l’église. Sommes-nous absolument certains que notre expérience n’est pas dirigée par cette pensée dans certains domaines ? Sommes nous sûrs qu’aucune de nos croyances n’a été forgée dans le moule de la pensée basée sur la performance ? Sommes-nous sûrs qu’aucun de nos enseignements n’a été déformé par notre pensée basée sur la performance ? Etudions la Bible sur nos genoux et demandons instamment à Dieu de nous enseigner la vérité, afin que la semence de Christ ne soit pas étouffée par les ronces, qu’elle ne tombe pas sur les cailloux de l’orgueil, ou qu’elle ne soit pas emportée par les oiseaux de la peur, mais qu’elle tombe dans la bonne terre d’une relation fondée sur Dieu comme notre source de vie et notre trésor.