9. "Prouver" que Garder le Sabbat est du Légalisme

 

SECTION 4 – Impact de la Performance sur la Méthodologie

 

   L’un des plus grands tests permettant de savoir par quel système de valeur nous opérons est le processus par lequel nous arrivons à nos conclusions ou que nous les défendons. Pour beaucoup d’entre nous qui avons été élevés au sein d’une église, les enseignements Bibliques ont été acceptés sans remises en questions, ce qui signifie que nous ne les avons pas soigneusement éprouvés pour nous-mêmes. Si pendant des années nous avons soutenu une croyance sans la remettre en question, nous devenons susceptibles d’utiliser les Ecritures pour renforcer nos croyances, afin de pouvoir continuer de jouir du confort de l’orthodoxie [1] plutôt que tester tout ce que nous croyons par les Ecritures. La pensée basée sur la performance tendra à subordonner les Ecritures à notre propre pensée. Les Ecritures nous sont alors soumises, plutôt que nous le sommes aux Ecritures. [2] 

   La tentation de soumettre les Ecritures à notre pensée augmente lorsque nous rencontrons des passages et des textes qui semblent être en conflit avec nos vues établies. Allons-nous vraiment nous ouvrir à l’ensemble des Ecritures et être diligents pour harmoniser chaque passage de l’inspiration, laissant ainsi chaque passage avoir son propre poids ? La pensée basée sur la performance rend cette chose très difficile vis-à-vis de notre tradition de longue date. Dans la perspective de notre prochaine section, j’ai pensé qu’il serait profitable de reprendre le processus typique qui consiste à forcer un principe sans en tester les niveaux sous-jacents.

   J’ai aussi voulu inclure cette section pour nous faire réaliser que chacun opère par un système de valeur, ou une vision du monde, alors qu’il s’approche des Ecritures. J’ai parfois remarqué que les gens vous diront honnêtement qu’ils prennent simplement la Bible pour ce qu’elle dit, mais il est clair qu’ils ne réalisent même pas qu’ils opèrent par un système de valeur qui fausse les textes Bibliques. Lorsque nous nous approchons de la Bible sans être conscients des différentes visions du monde utilisées, il est impossible de dialoguer avec ceux qui ont un modèle différent.

 

Chapitre 9 – « Prouver » que garder le Sabbat est du Légalisme.

 

   De nombreux Chrétiens pensent qu’il est relativement simple de prouver que l’observation du Sabbat est du légalisme. Il suffit de trois étapes :

    1. Un principe de base,
    2. Prouver la valeur principe par la Bible
    3. Appliquer le principe déjà démontrer aux passages difficiles qui semblent être en désaccord avec lui.

1. En rapport avec l’observation du Sabbat, nous pouvons appliquer le principe suivant :

       L’observation de la loi est du légalisme et donc, contraire à l’évangile.

2. Voyons à présent si nous pouvons trouver des preuves dans la Bible pour soutenir cette position :

   Car nul ne sera justifié par les œuvres de la loi ; puisque c’est par la loi que vient la connaissance du péché (Rom. 3 : 20).

   Car Christ est la fin de la loi, pour la justification de tous ceux qui croient. (Rom. 10 : 4)

   Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie (Eph. 2 : 8, 9).

   O Galates dépourvus de sens ! qui vous a fascinés, pour que vous n’obéissiez plus à la vérité, vous, aux yeux de qui Jésus-Christ a été peint comme crucifié ? Voici seulement ce que je veux apprendre de vous : Est-ce par les œuvres de la loi que vous avez reçu l’Esprit, ou par la prédication de la foi ? Etes-vous tellement dépourvus de sens ? Après avoir commencé par l’Esprit, voulez-vous maintenant finir par la chair ? (Gal. 3 : 1-3)

   Car, si les héritiers le sont par la loi, la foi est vaine, et la promesse est anéantie (Rom. 4 : 14).

   Ci-dessus se trouvent juste quelques-uns des merveilleux textes que de nombreux Chrétiens utilisent pour prouver que l’observation de la loi est du légalisme et donc, contraire à l’évangile. Si l’observation de la loi est du légalisme, comme nous venons apparemment de le prouver avec tant d’ « éloquence », il s’en suit alors que si le Sabbat fait partie de la loi, tout tentative d’observer le Sabbat est une tentative d’observer la loi, ce qui est contraire à l’évangile. L’Evangile est la bonne nouvelle de la liberté face à l’obligation d’offrir à Dieu des œuvres afin d’être acceptés. Nous sommes sauvés par les œuvres de Jésus, et non par les nôtres.

4. Ils seraient nombreux à conclure que nous avons facilement prouvé que l’observation de la loi est du légalisme de telle manière que « même un enfant pourrait le comprendre ». Considérons à présent certains passages difficiles qui pourraient suggérer autre chose.

   Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé. (Matt. 5 : 17, 18)

   Etant donné qu’il semblerait que nous avons déjà prouvé par la Bible que l’observation de la loi est du légalisme, il nous faut examiner ce passage attentivement. Une fois qu’une personne est enfermée dans une position, il n’est alors plus possible que le texte ci-dessus enseigne que la loi est encore en vigueur, autrement, Jésus encouragerait le légalisme, or « nous savons » qu’Il n’enseigne pas cela. Ainsi, comme ils sont nombreux à le suggérer, « La réponse doit se trouver dans le mot accomplir. Accomplir une chose signifie la compléter, et puisque Jésus a accompli toutes les attentes de la loi, ce texte dit que Jésus a accompli la loi pour nous, et c’est pourquoi nous avons pas besoin de la garder. » J’ai entendu cet argument de nombreuses fois. Lorsque nous sommes enfermés dans l’hypothèse de départ, nous empêchons le texte d’être compris autrement que d’y voir le Christ accomplir, ou supprimer la loi. Considérons un autre texte problématique.

   La circoncision n’est rien, et l’incirconcision n’est rien, mais l’observation des commandements de Dieu est tout (1 Cor. 7 : 19)

   Une séquence de réponse immédiate pourrait se présenter ainsi : « Comme nous avons prouvé par d’autres passages que l’observation de la loi est du légalisme, ce texte ne peut pas enseigner l’observation de la loi. Il doit y avoir une autre explication. Jésus donna à Ses disciples un nouveau commandement dans Jean 13 : 34, qui consiste à nous aimer les uns les autres. Etant donné que ce commandement accomplit la loi, comme il est dit dans Romains 13 : 8, l’observation des commandements dont il est question ici se définit par le commandement de nous aimer les uns les autres. »

   Une fois de plus, le principe initial détermine la signification finale. La signification du texte est prédéterminée par quelque chose qui est considéré comme immuable. Remarquez un autre texte à « problèmes ».

   Un docteur de la loi se leva, et dit à Jésus, pour l’éprouver : Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? Jésus lui dit : Qu’est-il écrit dans la loi ? Qu’y lis-tu ? (Luc 10 : 25, 26)

   Une fois de plus, une séquence de réponse pourrait se présenter ainsi : « Etant donné que nous avons prouvé que l’observance de la loi est du légalisme, ce texte doit signifier quelque chose d’autre. Comme Jésus parlait à un Juif avant de mourir sur la croix, la loi était encore en vigueur et s’appliquait à lui en ce temps-là. Une fois que Jésus mourut, l’évangile s’adressa aux Gentils qui n’étaient pas dans l’obligation d’observer la loi. Ce texte ne s’applique donc pas à nous ».

   J’ai entendu bien des fois cet argument même. C’est un principe classique qui impose au texte sa signification. La Parole de Dieu se voit soumise à la volonté de l’homme. Considérons un autre exemple.

   Celui qui dit : Je l’ai connu, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n’est point en lui. Mais celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu est véritablement parfait en lui : par là nous savons que nous sommes en lui (1 Jean 2 : 4, 5)

   Quelle est la réponse habituelle ? « Etant donné que nous avons prouvé que l’observation de la loi est du légalisme, il est évident que ce texte se réfère au nouveau commandement mentionné par Jésus dans Jean 13 : 34. »

   Car le Fils de l’homme est maître du sabbat (Matt. 12 : 8).

   En rapport avec ce texte, j’ai entendu des réponses d’une grande créativité. En voici une de mes favorites : « Etant donné que nous avons prouvé que l’observation de la loi est du légalisme et que le Sabbat fait partie de la loi, ce texte ne peut donc pas défendre le Sabbat. Jésus étant le maître du sabbat, Il a la puissance de le changer, ou d’en faire ce qu’il veut. »

   Je veux que nous remarquions un point crucial concernant la manière dont les passages Bibliques au sujet de la loi peuvent être altérés. La clef pour supprimer la puissance de la loi obligeant son observation se trouve dans sa segmentation. Je veux dire par là que la loi donnée aux Juifs est différente de la loi donnée aux Chrétiens du Nouveau Testament.

Lorsque la loi peut être fragmentée ou changée elle n’est plus le reflet universel du caractère, de l’identité et du gouvernement de Dieu, mais un outil transitoire utile pour une raison spécifique, pendant une certaine durée. Ainsi, l’un des éléments principaux permettant de forcer un principe consiste à fragmenter les sujets universels révélés dans les Ecritures.

   Si un point des Ecritures est compris comme étant constant vis-à-vis de l’humanité, on considérera qu’il faut s’y soumettre, cela définit nos limites. Si une chose dans Ecritures est brisée au fil du temps, son identification est fragmentée, ou segmentée, et nous (l’humanité) devons alors en définir son application et ses limites.

schéma

   Alors que nous revenons à notre exercice qui consiste à forcer des hypothèses, nous voyons qu’il est possible de « prouver » par la Bible que l’observation de la loi est du légalisme et donc contraire à l’évangile. Tout texte qui semble indiquer qu’il nous faut observer la loi tombe dans l’une des catégories suivantes :

    1. L’observation de la loi s’applique aux Juifs et non aux Gentils.
    2. La loi mentionnée est le nouveau commandement que Jésus nous a donné, et non l’ancienne loi Juive.
    3. La loi mentionnée fut accomplie par Christ et donc achevée. Comme l’enseigne la Bible, Christ est la fin de la loi pour la justification (Rom. 10 : 4).

Remarquez la limitation et la fragmentation de la loi qui a lieu dans les points ci-dessus. Des millions de Chrétiens considèrent honnêtement que ce processus est parfaitement fiable, et alors que les réponses aux textes difficiles varient, la suite logique est la même :

    1. Un principe de base,
    2. Prouver la véracité de ce principe par la Bible
    3. Appliquer le principe que l’on vient de démontrer aux passages difficiles qui semblent être en désaccord avec lui.

[1] Le pouvoir de l’orthodoxie sur notre pensée est bien souvent plus grande que nous ne l’imaginons. Il élève des questions telles que : « Comment le pasteur X pourrait-il être dans l’erreur, lui qui est un chrétien si aimant ? » « Comment l’église entière pourrait-elle être dans l’erreur ? » « Que m’arriverait-il si j’acceptais ce point de vue ? » Lorsqu’elle juste, l’orthodoxie peut accomplir de bonnes choses, mais lorsqu’elle est fausse, elle devient une barrière mortelle à la vérité. Retour

[2] « Nous ne devons pas placer nos jalons, puis interpréter toute chose afin d’atteindre ce but. C’est là que nombre de nos réformateurs ont échoués, et c’est la raison pour laquelle des hommes qui aujourd’hui sont de puissants champions pour Dieu et la vérité, lutteront contre la vérité. » (The Ellen G. White 1888 materials, p. 44) Retour