Vol.5 - Septembre 2014

 

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« On t’a fait connaître, Ô homme, ce qui est bien ; et ce que l’Eternel demande de toi, c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu.  » Michée 6 : 8

 

Table des matières

Editorial

Etude Biblique – Le commandement nouveau

Plus de barrières – Ellen White

La grande statue — Uriah Smith

Les remèdes naturels — Les bienfaits du soleil

—–Histoire pour les enfants — Sauvée de la gueule du tigre

—– 

Editorial

« Je regardais, pendant que l’on plaçait les trônes. Et l’Ancien des jours s’assit. …Un fleuve de feu coulait et sortait de devant lui. Mille milliers le servaient et dix mille millions se tenaient en sa présence. » Dan. 7 : 9a, 10.

 

   Chers frères et sœurs dans le Fils engendré,

   Nous voici déjà à quelques jours seulement de notre rencontre de septembre, une fête des tabernacles en quelque sorte, où nous pourrons nous retrouver autour de la Parole de Dieu pour rompre le pain de vie ensemble.

   Alors que nous nous préparons pour ces rencontres, que chacun de nous puisse prendre conscience que le feu qui y brûlera ne pourra être agréable à Dieu que si chacun de nous est lui-même embrasé du feu divin. En effet, l’histoire de Nadab et Abihu est là pour nous avertir du danger de venir en la présence du Père avec un feu étranger : « Les fils d’Aaron, Nadab et Abihu, prirent chacun un brasier, y mirent du feu, et posèrent du parfum dessus ; ils apportèrent devant l’Eternel du feu étranger, ce qui ne leur avait point été ordonné. Alors le feu sortit de devant l’Eternel, et les consuma : ils moururent devant l’Eternel. »

   Que chacun sonde donc son cœur afin de se soucier en tout premier lieu de l’esprit qu’il apportera, et la bénédiction de Dieu sera déversée sur ses enfants en abondance. Souvenons-nous du jour de la pentecôte : « Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d’un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit… (Actes 2 : 1 - 4a)

   Ma prière est donc que l’Esprit de Dieu puisse se manifester en nous et à travers nous, alors que nous considérons de nous retrouver avec nos frères et sœurs, ainsi qu’Adrian Ebens, frère Igor et frère Bill, qui ont déjà parcouru de nombreux kilomètres pour nous retrouver. Nous prions également afin que l’étude biblique et les différents articles contenus dans ce numéro d’Etoile du Matin puissent vous être en bénédiction et vous aider dans ce sens.

   Que Dieu notre Père et Son Fils Jésus soient avec vous,

   Marc et Elisabeth


Etude biblique

Le commandement nouveau

 

« Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. » Jean 13 : 34.

   Lisez la conversation de Jésus avec ses disciples au sujet du commandement nouveau, dans Jean 13 : 34, 35. Lisez aussi Lévitique 19 : 17, 18, où il est parlé de ce commandement. Commencez à apprendre le verset à réciter.

Quand Jésus institua la sainte Cène, quel esprit animait les disciples ? Luc 22 : 24.

Il s’éleva aussi parmi les apôtres une contestation : lequel d’entre eux devait être estimé le plus grand ?

  Les disciples avaient souvent de mauvais sentiments les uns envers les autres. Ils s’attendaient à ce que Jésus soit couronné roi sur la terre, et ils espéraient occuper de hautes positions dans ce royaume, ce qui les rendait jaloux les uns des autres. Mais en nourrissant de telles pensées, ils ne pouvaient pas servir le Seigneur Jésus comme ils l’auraient dû.

Que leur dit Jésus dans la chambre haute pour leur montrer qu’ils devaient s’aimer les uns les autres ? Jean 13 : 34

Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.

   Ils devaient s’aimer les uns les autres comme lui-même les aimait, leur dit Jésus. Tous savaient qu’il les aimait ; il le leur avait montré en maintes occasions – dans la manière dont il les avait appelés, dans son enseignement, dans sa patience envers eux, lorsqu’ils se trompaient ; enfin, il les avait gardés du danger. S’ils n’arrivaient pas à s’aimer les uns les autres comme lui-même les aimait, ils ne pourraient pas être de vrais disciples.

Quelle instruction les enfants d’Israël avaient-ils reçue au sujet de la règle d’or ? Lévitique 19 : 17, 18.

Tu ne haïras point ton frère dans ton cœur ; tu auras soin de reprendre ton prochain, mais tu ne te chargeras point d’un péché à cause de lui. Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l’Eternel.

   Moïse avait enseigné ce que Jésus s’était efforcé d’apprendre à ses disciples : garder les commandements de Dieu signifiait aimer Dieu et son prochain. Lorsque Jésus dit qu’il donne à ses disciples un commandement nouveau, il entend par là que ce commandement avait été perdu à cause des faux enseignements des prêtres, qui ne parlaient pas de l’amour dans l’observation des commandements.

Depuis quand avait-on enseigné qu’il fallait observer les commandements par amour ? 1 Jean 3 : 11.

Car ce qui vous a été annoncé et ce que vous avez entendu dès le commencement, c’est que nous devons nous aimer les uns les autres.

   « Actuellement cette leçon est tout aussi nécessaire qu’à l’heure où elle sortit des lèvres de Jésus. L’égoïsme et un froid formalisme ont presque entièrement éteint le feu de l’amour et chassé les grâces qui donnent du parfum au caractère. Beaucoup de ceux qui font profession de porter son nom ont oublié que le devoir des chrétiens c’est de représenter le Christ. Si l’esprit de sacrifice ne se manifeste pas d’une manière pratique, en faveur d’autrui, dans le cercle de la famille, dans le voisinage, dans l’église et, où que nous nous trouvions, nous ne sommes pas de vrais chrétiens, quelle que soit notre profession de foi. » Jésus-Christ, pp. 499-500

D’après le prophète Esaïe, qu’a voulu le Seigneur “pour le bonheur d’Israël” ? Esaïe 42 : 21.

L’Eternel a voulu, pour le bonheur d’Israël, Publier une loi grande et magnifique.

Quand vous avez de la peine à bien voir quelque chose – de petits caractères d’imprimerie, par exemple, ou de petits détails d’un pétale d’une fleur – vous employez une loupe, et alors tout vous paraît clair. De même Jésus, par son enseignement, a rendu la loi claire à nos yeux en montrant qu’elle avait été donnée par amour, pour notre bien, et qu’elle ne doit être gardée que par amour : amour de Dieu et du prochain.

En quels termes Jésus enseigne-t-il l’importance de la loi dans notre vie ? Matthieu 5 : 18-20.

Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé. Celui donc qui supprimera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux ; mais celui qui les observera, et qui enseignera à les observer, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. Car, je vous le dis, si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n’enterez point dans le royaume des cieux.

   Loin de mettre de côté la loi, comme ses ennemis l’en accusaient, Jésus a montré qu’il est très important de la garder et que nous ne pouvons plaire à Dieu et vivre ensemble dans la paix si nous n’agissons pas ainsi.

Dans une autre circonstance, quand il enseignait, que dit Jésus ? Jean 15 : 12.

C’est ici mon commandement : Aimez-vous les uns les autres, comme je vous aimés.

   Lorsque nous aimons vraiment, nous sommes prêts à faire n’importe quoi pour ceux qui sont l’objet de notre amour. De même, quand nous aimons Jésus, il n’est pas difficile de garder ses commandements.

Quel est le plus grand sacrifice que l’amour puisse faire ? Jean 15 : 13.

Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.

   Le véritable amour incitera à donner même sa vie pour celui que l’on aime.

Comment avons-nous l’assurance que Jésus nous aime ? 1 Jean 3 : 16.

Nous avons connu l’amour, en ce qu’il a donné sa vie pour nous ; nous aussi, nous devons donner notre vie pour les frères.

Jésus était prêt à donner sa vie pour nous parce qu’il nous aimait et désirait nous sauver dans son royaume d’amour. Nous devons aussi être prêts à donner notre vie pour les autres.

   « Ce même esprit animait l’église primitive. A la suite de l’effusion du Saint-Esprit, “la multitude de ceux qui avaient cru n’était qu’un cœur et qu’une âme. Nul ne disait que ses biens lui appartenaient en propre”. “Il n’y avait parmi eux aucun indigent.” “Avec une grande puissance les apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus. Et une grande grâce reposait sur eux tous.” » Jésus-Christ, p. 545.

Dans sa prière, avant son jugement et sa crucifixion, que dit Jésus en pensant à ses disciples ? Jean 17 : 20, 21.

Ce n’est pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole, afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé.

   Il désirait avant tout que ses disciples travaillent ensemble dans la paix, sans se chicaner comme ils l’avaient fait si souvent. Ils devaient s’aimer les uns les autres comme lui-même les avait aimés.

Que prouveraient au monde cet amour et cette harmonie ? Jean 13 : 34, 35.

Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres.

   « A cette époque, les disciples des grands docteurs se distinguaient par leurs vêtements, leurs coutumes, leurs rites ou leurs enseignements ; mais l’amour était l’apanage d’hommes et de femmes qui avaient passé par la seconde naissance. » - Taylor G. Bunch, “Love”, p. 39.

De quelle manière le chrétien doit-il se distinguer de ceux qui ne se sont pas donnés au Christ ? Romains 12 : 10.

Par amour fraternel, soyez pleins d’affection les uns pour les autres ; par honneur, usez de prévenances réciproques.

   « Le monde a les yeux sur nous pour se rendre compte si notre foi exerce une influence sanctifiante sur nos cœurs. Il est prompt à discerner nos défauts et les inconséquences de nos actes. Ne lui donnons aucune occasion de mépriser notre religion. » Témoignages, vol. 3, p. 292. 

 

 

Plus de barrières

E.G. White

   Dieu a donné à chacun sa tâche. Il n’a pas confié les intérêts spirituels de l’Eglise uniquement au pasteur. Il n’est pas bon pour le pasteur, ni même pour les membres d’église, que le premier ait seul la responsabilité de l’héritage du Seigneur. Tous les membres d’église doivent avoir une part d’activité afin que le corps soit conservé en état de santé. Nous sommes membres du même corps et chaque membre doit agir pour le bien de tous les autres.

   Tous les membres ne remplissent pas les mêmes fonctions. De même que les membres de notre corps obéissent à la tête, nous devons, nous, membres du corps spirituel, nous soumettre à Christ, la tête vivante de l’Eglise. Nous sommes comme les branches d’un cep. Christ parle de nous comme des sarments qui auraient été entés sur lui, le vrai Cep. Si nous sommes des croyants sincères, en communion quotidienne et constante avec Christ, nous serons sanctifiés par la vérité et notre collaboration avec les autres membres du vrai Cep sera couronnée de succès.

Collaboration entre pasteurs et membres

   Le pasteur et les membres d’église ne doivent faire qu’une seule et même personne pour l’édification et la prospérité de l’église. Quiconque est un vrai soldat de l’armée du Seigneur sera un ouvrier sérieux, sincère et utile, qui travaillera à l’avancement du royaume de Christ. Que personne ne dise à son frère qui agit avec circonspection : « Vous ne devez pas faire le travail du Seigneur, laissez-le au pasteur. » Beaucoup de membres ont été privés de l’expérience qu’ils auraient dû acquérir parce qu’on croyait que le pasteur devait tout faire et remplir toutes les fonctions. Aussi était-il surchargé et devait-il assumer les responsabilités qui incombaient aux membres d’église.

Le travail du pasteur est aussi celui des membres laïques

   Il ne doit y avoir aucune société secrète dans nos églises. « Vous êtes tous frères. » Le travail du pasteur est aussi celui des laïques. Que tous soient d’un même cœur. Que tous aillent de l’avant, la main dans la main. Tout vrai disciple de Christ n’est-il pas disposé à recevoir ses instructions ? Tous ne doivent-ils pas avoir l’occasion d’apprendre à connaître les méthodes de Christ d’une façon expérimentale ? Pourquoi ne pas leur demander de visiter les malades ou de faire du bien d’une autre façon et de maintenir ainsi l’église en activité ? Tous resteraient ainsi en étroite relation avec le pasteur, de sorte que celui-ci pourrait à n’importe quel moment faire appel à leur collaboration et ils seraient alors en mesure de l’assister d’une manière intelligente. Tous devraient travailler ensemble avec Dieu, et le pasteur saurait ainsi qu’il a des aides sur lesquels il peut se reposer. Le pasteur hâtera la réalisation de ce fait lorsqu’il témoignera sa confiance dans les ouvriers en les mettant au travail.

Les talents ne se mesurent pas par la comparaison

   Dieu a donné à chacun sa tâche. Comment se fait-il que les pasteurs et les membres dirigeants des Conférences ne reconnaissent pas ce fait ? Pourquoi n’apprécient-ils pas l’aide que les membres d’église pourraient leur offrir ? Il est temps que ceux-ci se réveillent. Il faut qu’ils soutiennent effectivement les efforts des pasteurs et des ouvriers afin de faire progresser l’œuvre.

   On ne devrait pas comparer les talents pour les mesurer.

   Si un homme a la foi et marche humblement avec Dieu, il peut avoir peu d’instruction et être connu pour sa faiblesse, il n’en remplira pas moins sa charge aussi bien que celui qui dispose de la meilleure instruction.

Etre vraiment qualifié pour rendre un service agréable

   Celui qui se livre sans réserve à l’influence du Saint-Esprit est le mieux qualifié pour offrir au Maître un service agréable. Dieu emploiera des hommes qui actuellement n’ont pas de responsabilité dans l’œuvre. Si les pasteurs et les membres dirigeants s’écartent de la bonne voie, le Saint-Esprit interviendra auprès des frères laïques, et Dieu indiquera à ceux-ci ce qu’il faut faire pour l’honneur de son nom.

   Le Seigneur a donné à chacun sa tâche ; il resta pour désigner à chacun un champ d’activité. Si quelqu’un ignore les voies et les moyens pour aller de l’avant, le Seigneur y a pourvu en envoyant un moniteur. Jésus a dit : « Mais le consolateur, l’Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. » On ne dira jamais assez quels sont les moyens que Dieu met à la disposition de quiconque accepte le Seigneur Jésus.

Les pasteurs doivent avoir confiance dans les aptitudes des membres laïques

   Les pasteurs devraient manifester leur confiance à leurs collaborateurs et aux membres d’église, et leur apprendre à travailler pour le Maître. Ainsi le pasteur ne portera pas seul toutes les responsabilités, et en même temps l’église recevra plus de bénédictions que s’il s’efforce de faire tout le travail – les empêchant ainsi de faire la part que le Seigneur leur a assignée. Partout, parmi nous, le talent individuel a été malheureusement ignoré. Un petit nombre de personnes ont été choisies pour porter les fardeaux spirituels, tandis que les talents des autres membres ne se sont pas développés. Beaucoup se sont affaiblis depuis leur entrée dans l’Eglise parce qu’il leur a été pratiquement impossible d’exercer leurs talents. Les charges de l’église devraient être réparties entre tous les membres afin que chacun d’eux devienne un ouvrier intelligent pour la cause de Dieu.

Trop de prudence

   Beaucoup de ceux qui occupent une place de confiance entretiennent un esprit de méfiance, ils craignent que certaines choses ne soient pas faites en harmonie parfaite avec leurs propres méthodes de travail ; ils veulent que tous les plans reflètent leur propre personnalité. Les méthodes des autres leur inspirent de l’appréhension. Et pourquoi de tels sentiments ? Parce que ces membres n’ont pas été instruits ; parce que leurs chefs ne les ont pas entraînés comme des soldats devraient l’être. Aucun membre dirigeant de Conférence, aucun pasteur n’a reçu de Dieu la permission de douter du pouvoir divin quant à l’emploi de toute personne reconnue digne d’être membre d’église. Une telle circonspection retarde l’œuvre du Seigneur dans presque tous les domaines. Dieu peut et désire employer ceux qui n’ont pas reçu une instruction complète dans les écoles des hommes. Douter de cela, c’est faire preuve d’incrédulité ; c’est limiter le pouvoir de celui pour qui rien n’est impossible.

   Oh ! loin de nous cette prudence humaine et soupçonneuse ! Elle laisse tant de forces inutilisées dans l’Eglise ; elle ferme la porte au Saint-Esprit, qui ne peut se servir des hommes ; elle retient dans l’oisiveté ceux qui voudraient vraiment travailler dans les rangs de Christ ; elle en retient beaucoup qui deviendraient d’utiles collaborateurs de Dieu si la moindre possibilité d’essayer leur était accordée.

Ne pas repousser les humbles

   Les hommes doivent avoir la liberté d’entreprendre ce que le Saint-Esprit leur demande. Ne repoussez pas les humbles que Dieu désire employer à son service. Si ceux qui occupent maintenant une haute position n’avaient été astreints année après année au même travail, leurs talents ne se seraient jamais développés, et ils ne seraient nullement qualifiés pour la fonction qu’ils remplissent ; et pourtant ils ne font pas d’effort spécial pour éprouver et développer les talents de ceux qui sont jeunes dans la foi.

   Nous devrions avoir une meilleure répartition dans nos méthodes de travail. Aucune main ne devrait être liée, aucune âme découragée, aucune voix étouffée ; il faut que chacun travaille, en privé ou en public, afin de faire avancer cette œuvre divine. Qu’on distribue les charges aux membres afin qu’ils puissent se développer par l’exercice et devenir ainsi des agents efficaces entre les mains du Seigneur pour porter la lumière à ceux qui sont dans les ténèbres.

   Il y a un monde qui doit être averti. Que la nature humaine ne se permette pas de faire opposition, mais qu’elle s’efface plutôt afin de laisser Dieu travailler par le moyen du Saint-Esprit en vue du rachat des siens. Quelques-uns d’entre les nouveaux ouvriers peuvent commettre des erreurs, mais les anciens doivent les conseiller et les aider à corriger leurs méthodes. Ils devraient être encouragés à se donner entièrement au Seigneur et à travailler humblement. C’est cela le service agréable au Maître, qui alors soutiendra ces efforts par la puissance du Saint-Esprit, et beaucoup d’âmes se convertiront.

   Il faut que chaque église sorte de sa torpeur, que tous les membres s’unissent dans l’amour de Jésus et des âmes qui périssent, et qu’ils aillent trouver leurs proches pour leur indiquer la voie du salut. Notre chef a tout pouvoir dans le ciel et sur la terre. Il emploiera, pour réaliser ses desseins, des hommes que certains frères jugeaient inaptes à travailler dans l’œuvre. Les intelligences célestes se joignent aux instruments humains pour faire progresser l’œuvre du Seigneur. Les anges ont reçu l’ordre de seconder les hommes sur la terre. Ils se serviront de tous ceux qui consentiront à travailler selon les méthodes du ciel ; c’est pourquoi aucun être humain ne devrait être mis de côté ou privé de responsabilité.

La critique nuit aux desseins de Dieu

   Il y a dans nos églises beaucoup trop de forces inutilisées. Un petit nombre discute, décide et travaille ; la grande majorité des membres ne fait pas le moindre geste, de crainte d’être repoussée, de crainte seulement que les autres lui reproche de ne pas être à sa place. Il y en a beaucoup qui, zélés et enthousiastes, voudraient mettre leurs énergies au service de l’œuvre, mais ils en sont découragés. S’ils tentent de faire quoi que ce soit, ils sont critiqués ; finalement, ils se résignent, par peur du qu’en dira-t-on, à laisser reposer leurs talents, alors que, s’ils avaient été encouragés à les employer, l’œuvre aurait progressé et des ouvriers auraient été ajoutés au nombre des missionnaires. La faculté de nous adapter à des situations particulières, la force d’agir au moment propice se développe par l’utilisation des talents que le Seigneur nous a donnés et l’acquisition d’une expérience personnelle. Quelques-uns seulement sont désignés pour assumer des responsabilités, et le travail n’est réparti qu’entre ces mêmes membres. Beaucoup de ceux qui seraient susceptibles de devenir des ouvriers utiles pour le Seigneur sont tenus à l’écart.

Responsabilités en face des lacunes des églises

   Il y a maints talents parmi nous qui ne se sont pas développés. Beaucoup de membres pourraient travailler dans les villes, allant de maison en maison, entrant en contact avec les familles, se mêlant à leur vie sociale, mangeant à leur table, prenant part à leur conversation au coin du feu, répandant les précieuses semences de la vérité tout le long du chemin. Tandis qu’ils exerceront leurs talents, Christ leur donnera de la sagesse, et de nombreux croyants seront amenés à la connaissance de la vérité comme résultat de leurs efforts. Des milliers pourraient acquérir une expérience dans l’œuvre au moyen de cette activité personnelle. Qui donc est responsable des fautes de l’Eglise ? Qui blâmer si des âmes vaillantes et zélées n’ont pas appris à travailler humblement au service du Maître ?

   Beaucoup devraient être préparés à entrer immédiatement en lice lorsque les circonstances réclament leur assistance. Au lieu de cela, les membres vont à l’église, écoutent le sermon, payent la dîme, apportent leurs offrandes, et c’est à peu près tout. Pourquoi donc ? – Simplement parce que les pasteurs ne communiquent pas leurs plans aux membres et ne sollicitent ni leur avis ni leur aide soit dans l’élaboration, soit dans l’exécution de ces plans.

   Ceux qui voudraient collaborer et qui voient l’urgente nécessité d’avoir des ouvriers consacrés dans l’Eglise et dans le monde devraient chercher leur force dans la prière secrète. Ils devraient aller de l’avant, et Dieu les bénira et fera d’eux une source de bénédictions pour les autres. Ces membres donneraient à l’Eglise force et stabilité. C’est le manque d’exercice spirituel qui rend les membres si faibles et si peu actifs. Une fois de plus je le demande : Qui est responsable de l’état de choses actuel ? Pourquoi les pasteurs et les dirigeants des Conférences n’apprécient-ils pas l’aide que les membres d’église pourraient leur accorder individuellement ?

Danger pour une église de se réunir en trop grand nombre

   Les membres de nos grandes églises ne se trouvent pas dans les conditions les plus favorables à leur développement spirituel et à l’application de méthodes efficaces de travail. Ils sont enclins à faire reposer sur les autres les fardeaux que le Seigneur voudrait voir porter par tout le monde. Peut-être y a-t-il quelques bons ouvriers, mais ceux-ci prennent leur tâche tellement à cœur que les autres, plus faibles, ne savent que faire et retombent dans l’oisiveté. C’est une erreur pour nos membres de se réunir en trop grand nombre. Ce n’est pas en harmonie avec le plan  de Dieu. Sa volonté, c’est que la connaissance que nous recevons de la vérité soit communiquée aux autres ; que la lumière qui nous illumine soit reflétée sur la route de ceux qui marchent dans les ténèbres, afin que nous puissions les conduire à l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. Mais là où une assemblée nombreuse est réunie en une seule église, cette œuvre est négligée dans une grande mesure et la lumière de la vérité est souvent réfléchie seulement sur les membres d’église ; le monde reste dans les ténèbres, l’alarme n’est pas donnée et le message d’avertissement céleste n’est pas proclamé.

Appelés à une consécration entière

   Le Père éternel, l’Immuable, donna son Fils unique, arraché de son sein, lui qui était fait à l’image de sa personne, et l’envoya sur la terre pour révéler au monde son grand amour. Il veut faire plus encore, plus que ce que nous pouvons demander ou penser. Un écrivain inspiré pose une question qui devrait pénétrer profondément dans chaque cœur : « Lui qui n’a point épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui ? » (Rom. 8 : 32). Quiconque croit en Jésus-Christ ne doit-il pas répéter : « Puisque Dieu a tant fait pour nous, n’exprimerons-nous pas notre amour envers Christ en obéissant à ses commandements, en gardant sa parole, en nous consacrant sans réserve à son service ? »

   Où est la foi de ceux qui prétendent être le peuple de Dieu ? Feront-ils aussi partie de ceux au sujet desquels Christ demandait : « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Jésus est mort pour nous racheter de la malédiction du péché  et du péché lui-même ; ne lui rendrons-nous qu’une faible partie des facultés dont il a payé la rançon à un prix infini pour nous ravir à l’ennemi de nos âmes ?

   « Car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis. » (2 Cor. 8 : 9). Lui, en qui « habite corporellement toute la plénitude de la divinité » (Col. 2 : 9), est descendu sur notre terre, et s’est humilié en revêtant sa divinité de l’humanité, afin que par l’humanité, il pût atteindre la famille humaine. Tandis qu’il entoure la famille humaine de son bras humain, il touche le trône de Dieu de son bras divin, unissant ainsi l’humanité à la divinité. La Majesté du ciel, le Roi de gloire, est descendu sur le chemin de l’humiliation pas à pas jusqu’à ce qu’il eût atteint le point le plus bas qu’il était possible à l’humanité de connaître ; pourquoi ? Pour pouvoir élever jusqu’au ciel la vie même de l’humanité. Voici sa promesse : « Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi j’ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône. » (Apoc. 3 : 21). Merveille des merveilles ! L’homme, créature terrestre, poussière élevée jusqu’au trône du Roi de l’univers ! Amour merveilleux ! Amour ineffable et insondable !

   Extrait d’un article paru dans la Review and Herald du 9 juillet 1895, et publié par le département de la mission intérieure de la division sud-européenne en 1947

 

 La Grande Statue

Uriah Smith

Chapitre 2.

   Verset 1. La seconde année du règne de Nebucadnetsar, Nebucadnetsar eut des songes. Il avait l’esprit agité, et ne pouvait dormir.

   Daniel fut mené en captivité la première année de Nébucadnetsar. Pendant trois années, il fut enseigné par des instructeurs, période durant laquelle il ne pouvait bien entendu pas être compté parmi les hommes sages du royaume, ni prendre part aux affaires publiques. Pourtant, les événements relatés dans ce chapitre eurent lieu la seconde année de Nébucadnetsar. Alors comment Daniel a-t-il pu être introduit pour interpréter le rêve du roi dans cette seconde année ? L’explication réside dans le fait que Nébucadnetsar régna deux années conjointement avec son père Nabopolassar. Les Juifs se basaient sur cette date, alors que les Chaldéens comptaient à partir du moment où il commença à régner seul, à la mort de son père. Ainsi, l’année ici mentionnée était la seconde année de son règne d’après le compte Chaldéen, mais la quatrième d’après le compte Juif. Il apparaît donc que l’année juste après celle où Daniel avait complété sa préparation pour participer aux affaires de l’empire Chaldéen, la providence de Dieu le conduisit vers une notoriété soudaine et merveilleuse dans tout le royaume.

   Verset 2. Le roi fit appeler les magiciens, les astrologues, les enchanteurs et les Chaldéens, pour qu’ils lui disent ses songes. Ils vinrent, et se présentèrent devant le roi.

   Les magiciens étaient de ceux qui pratiquaient la magie, dans le mauvais sens du terme ; c’est-à-dire qu’ils pratiquaient tous les rites et les cérémonies superstitieuses des diseurs de bonne aventure, des émetteurs d’horoscope, etc. Les astrologues étaient des hommes qui prétendaient prédire des événements futurs par l’étude des étoiles. La science, ou la superstition de l’astrologie, était largement cultivée par les nations occidentales de l’antiquité. Les sorciers étaient du genre à prétendre être en communication avec les morts. Nous croyons que c’est dans ce sens que la notion de magie est toujours utilisée dans les Ecritures. Le spiritisme moderne est simplement un réveil de l’ancienne sorcellerie païenne. Les Chaldéens mentionnés ici étaient une secte de philosophes similaire aux magiciens et aux astrologues, qui étudiaient la physique[1], la divination, etc. Toutes ces sectes ou professions abondaient à Babylone. L’objectif de toutes ces disciplines était le même ; il s’agissait d’expliquer les mystères et de prédire des événements futurs, la différence principale entre elles étant les moyens par lesquels elles cherchaient à parvenir à leur but. La difficulté du roi se trouvait dans le champ d’action de chacune d’elles, et c’est pourquoi il les sollicita toutes. Cette question était importante pour lui ; il était fortement troublé, et c’est pourquoi il concentra toute la sagesse de son royaume pour résoudre cette perplexité.

   Verset 3. Le roi leur dit : J’ai eu un songe ; mon esprit est agité, et je voudrais connaître ce songe. 4. Les Chaldéens répondirent au roi en langue araméenne : O roi, vis éternellement ! Dis le songe à tes serviteurs, et nous en donnerons l’explication.

   Quelles qu’aient été les autres qualités de ces anciens magiciens et astrologues, ils semblaient avoir été très bien formés à l’art d’obtenir suffisamment d’informations pour poser la base d’une sorte de calcul judicieux, ou bien à formuler leurs réponses d’une manière si ambiguë qu’elles pourraient également s’appliquer, quelle que soit la tournure que prendraient les événements. Dans le cas en question, étant donné la ruse de leurs instincts, ils demandèrent au roi de leur faire connaître son rêve. Dans la mesure où ils obtiendraient une information complète à ce sujet, ils pouvaient alors aisément s’accorder sur une certaine interprétation qui ne mettrait pas leur réputation en danger. Ils s’adressèrent au roi en Syriaque, un dialecte de la langue Chaldéenne, utilisé par la classe instruite et cultivée. A partir de là, jusqu’à la fin du chapitre 7, le récit se poursuit en Chaldéen.

   Verset 5. Le roi reprit la parole et dit aux Chaldéens : La chose m’a échappé ; si vous ne me faites connaître le songe et  son explication, vous serez mis en pièces, et vos maisons seront réduites en un tas d’immondices. 6. Mais si vous me dites le songe et son explication, vous recevrez de moi des dons et des présents, et de grands honneurs. C’est pourquoi dites-moi le songe et son explication. 7. Ils répondirent pour la seconde fois : Que le roi dise le songe à ses serviteurs, et nous en donnerons l’explication. 8. Le roi prit la parole et dit : Je m’aperçois, en vérité, que vous voulez gagner du temps, parce que vous voyez que la chose m’a échappé. 9. Si donc vous ne me faites pas connaître le songe, la même sentence vous enveloppera tous ; vous voulez vous préparer à me dire des mensonges et des faussetés, en attendant que les temps soient changés. C’est pourquoi dites-moi le songe, et je saurai si vous êtes capables de m’en donner l’explication. 10. Les Chaldéens dirent au roi : Il n’est personne sur la terre qui puisse dire ce que demande le roi ; aussi jamais roi, aussi grand et puissant qu’il ait été, n’a exigé une pareille chose d’aucun magicien, astrologue ou Chaldéen. 11. Ce que le roi demande est difficile ; il n’y a personne qui puisse le dire au roi, excepté les dieux, dont la demeure n’est pas parmi les hommes. 12. Là-dessus le roi se mit en colère, et s’irrita violemment. Il ordonna qu’on fît périr tous les sages de Babylone. 13. La sentence fut publiée, les sages étaient mis à mort, et l’on cherchait Daniel et ses compagnons pour les faire périr.

   Ces versets contiennent les annales d’une lutte désespérée entre les prétendus hommes sages et le roi ; les premiers cherchant à s’en sortir par un moyen quelconque, se voyant saisis sur leur propre terrain, et le second déterminé à ce qu’ils révèlent son rêve, ce qui n’était guère plus que lui garantissait leur profession. Il en est qui ont sévèrement censuré Nébucadnetsar à ce sujet, comme agissant tel un tyran déraisonnable et sans cœur. Mais de quoi ces magiciens prétendaient-ils être capables ? – De révéler les choses cachées ; de prédire des événements futurs ; de faire connaître des mystères entièrement au-delà des prévisions et de la pénétration humaines ; et de le faire avec l’aide des agents surnaturels. Si donc leur prétention avait une valeur quelconque, ne pouvaient-ils pas faire connaître au roi ce qu’il avait rêvé ? – Ils le pouvaient certainement. Et si, connaissant le rêve, ils étaient capables d’en donner une interprétation fiable, ne devaient-ils pas aussi être capables de faire connaître le rêve lui-même alors qu’il avait échappé au roi ? – Certainement, s’il y avait une vertu quelconque dans leur interaction avec l’autre monde. Il n’y avait donc rien d’injuste dans la requête de Nébucadnetsar consistant à ce qu’ils lui fassent connaître son rêve. Et lorsqu’ils déclarèrent (verset 11) que personne ne pouvait le dire au roi, exceptés les dieux dont la demeure n’était pas parmi les hommes, ils reconnaissaient tacitement qu’ils n’étaient pas en communication avec ces dieux, et ne connaissaient rien de plus que ce que pouvaient révéler la sagesse et le discernement humains. C’est pour cela que le roi fut en colère et très furieux. Il vit que son peuple et lui étaient victimes de tromperie. Il les accusa (verset 9) de chercher à faire traîner les choses jusqu’à ce que « les temps soient changés, » ou jusqu’à ce que la chose ait suffisamment quitté sa pensée pour sa colère devant leur duplicité se calme et que, soit il ne souvienne du rêve lui-même, soit il ne se soucie plus de ce qu’on le lui révèle et l’interprète ou pas. Et s’il est vrai que nous ne pouvons pas justifier  les mesures extrêmes auxquelles il recourut en les destinant à la mort, et leurs maisons à la destruction, nous ne pouvons nous empêcher de ressentir une sympathie sincère pour lui dans sa condamnation d’une classe d’imposteurs misérables.

   La sévérité de sa sentence pouvait probablement être davantage attribuée aux coutumes de ces temps-là qu’à une attitude pernicieuse de la part du roi. C’était pourtant une décision hardie et désespérée. Considérez qui étaient ces personnes qui s’attirèrent ainsi la colère du roi. Il s’agissait de sectes nombreuses, opulentes et influentes. De plus, elles étaient les classes instruites et cultivées de cette époque ; et pourtant le roi n’était pas lié à cette fausse religion au point de la préserver malgré toute cette influence en sa faveur. Si le système était construit sur la fraude et la tromperie, il devait tomber, peu importe le niveau de ses fervents en nombre et en position, ou combien d’entre eux seraient impliqués dans sa ruine. Le roi ne serait en aucun cas complice de la malhonnêteté ou de la tromperie.

   Verset 14. Alors Daniel s’adressa d’une manière prudente et sensée à Arjoc, chef des gardes du roi : Pourquoi la sentence du roi est-elle si sévère ? Arjoc exposa la chose à Daniel. 16. Et Daniel se rendit vers le roi, et le pria de lui accorder du temps pour donner au roi l’explication. 17. Ensuite Daniel alla dans sa maison, et il instruisit de cette affaire Hanania, Mischaël et Azaria, ses compagnons, 18 les engageant à implorer la miséricorde du Dieu des cieux, afin qu’on ne fit pas périr Daniel et ses compagnons avec le reste des sages de Babylone.

   Dans ce récit, nous voyons la providence de Dieu œuvrant à plusieurs niveaux spécifiques et remarquables.

   1. Il fût providentiel que le rêve du roi ait laissé une impression aussi puissante sur son esprit, au point de le conduire à un état d’anxiété extrême, alors que le roi lui-même ne pouvait s’en souvenir. Cela conduisit à l’exposition complète du faux système des magiciens et d’autres enseignants païens, puisque lorsqu’ils furent mis à l’épreuve de faire connaître le rêve, on découvrit qu’ils étaient incapables de faire ce qui leur incombait de par leur profession.

   2. Il était remarquable que Daniel et ses compagnons, tout récemment déclarés par le roi dix fois supérieurs à tous ses magiciens et astrologues, n’aient pas été consultés plutôt, ou même pas consultés du tout dans cette affaire. Mais la providence agissait en cela. Tout comme le rêve fût enlevé de la mémoire du roi, ce dernier fut malgré lui retenu de s’adresser à Daniel pour résoudre le mystère. Car s’il s’était en premier lieu adressé à Daniel, et qu’il avait de suite fait connaître la chose, les magiciens n’auraient pas été mis à l’épreuve. Mais Dieu voulut donner aux systèmes païens des Chaldéens l’occasion d’intervenir en premier. Il allait les laisser essayer, échouer lamentablement et confesser leur incompétence totale, même sous peine de mort, afin qu’ils soient mieux préparés à reconnaître sa main lorsqu’il allait finalement la tendre à ses serviteurs captifs en l’honneur de son propre nom.

   3. Il apparaît que la première annonce que Daniel eut de la question fut en la présence des bourreaux, venus pour l’arrêter. Sa propre vie étant ainsi en jeu, il fut conduit à rechercher le Seigneur de tout son cœur jusqu’à ce qu’il œuvre pour leur délivrance. Daniel obtint le temps qu’il avait demandé au roi pour considérer la chose, - un privilège que probablement aucun des magiciens n’aurait pu obtenir, alors que le roi les avait déjà accusés de préparer des paroles mensongères et corrompues, et de chercher à gagner du temps pour cette même raison. Daniel alla sans tarder vers ses trois compagnons pour leur demander de s’unir à lui et implorer la grâce du Dieu du ciel concernant ce secret. Il aurait pu prier tout seul et aurait certainement été entendu ; mais il y avait alors, tout comme aujourd’hui,  une puissance supérieure dans l’union du peuple de Dieu ; et la promesse de la réalisation de ce qui est demandé s’adresse aux deux ou trois personnes qui s’accordent à ce sujet. Matt. 18 : 19, 20.

   Verset 19. Alors le secret fut révélé à Daniel dans une vision pendant la nuit. Et Daniel bénit le Dieu des cieux. 20. Daniel prit la parole et dit : Béni soit le nom de Dieu, d’éternité en éternité ! A lui appartiennent la sagesse et la force. 21. C’est lui qui change les temps et les circonstances, qui renverse et qui établit les rois, qui donne la sagesse aux sages et la science à ceux qui ont de l’intelligence. 22. Il révèle ce qui est profond et caché, il connaît ce qui est dans les ténèbres, et la lumière demeure avec lui. 23. Dieu de mes pères, je te glorifie et je te loue de ce que tu m’as donné la sagesse et la force, et de ce que tu m’as fait connaître ce que nous t’avons demandé, de ce que tu nous as révélé le secret du roi.

   Il ne nous est pas dit si la réponse arriva pendant que Daniel et ses compagnons présentaient encore leurs pétitions. Si tel a été le cas, cela montrerait leur importunité à ce sujet ; car ce fut pendant une vision de la nuit que Dieu se révéla à eux. Cela révélerait qu’ils persévérèrent dans leurs supplications, comme on pourrait le supposer à juste titre, jusque tard dans la nuit, et ne cessèrent pas jusqu’à l’obtention de la réponse. Ou alors, si leur temps de prière avait pris fin, et que Dieu avait envoyé la réponse plus tard, cela nous montrerait que, comme cela arrive parfois, que les prières ne sont pas vaines, même lorsqu’elles n’obtiennent pas une réponse immédiate. Certains pensent que la chose fut révélée à Daniel au travers d’un rêve identique à celui de Nébucadnetsar ; mais Matthew Henry considère qu’il est plus probable que « lorsqu’il était réveillé, et persévérait dans la prière fervente, tout en restant attentif, le rêve lui-même et son interprétation lui furent communiqués par le ministère d’un ange, pour le satisfaire amplement. » Les mots « vision de la nuit, » signifient tout ce qui est vu, que ce soit dans des rêves ou des visions.

   Daniel offrit immédiatement des louanges à Dieu pour sa grâce envers eux ; et s’il est vrai que sa prière n’a pas été conservée, sa reconnaissance spontanée est pleinement retranscrite. Dieu est honoré lorsque nous le louons pour les choses qu’il a faites pour nous, tout autant que lorsque nous reconnaissons dans la prière notre besoin de son aide. Que l’attitude de Daniel soit notre exemple dans ce domaine. Qu’aucune grâce venant de la main de Dieu ne soit privée de sa réponse légitime de reconnaissance et de louange. Les lépreux ne furent-ils pas dix à être purifiés ? « Et les neuf autres, » demanda tristement Christ, « où sont-ils ? » Luc 17 : 17.

   Daniel avait une confiance absolue en ce qui lui avait été montré. Il n’est pas allé d’abord vers le roi, pour s’assurer que ce qui lui avait été révélé était effectivement le rêve du roi ; mais il a immédiatement loué Dieu d’avoir répondu à sa prière.

   Bien que la chose fût révélée à Daniel, il ne s’en attribua pas l’honneur, comme si ses prières seules avaient été à l’origine de la réponse, mais il s’associa immédiatement ses compagnons, et reconnut qu’elle était tout autant une réponse à leurs prières qu’à la sienne. Il dit que c’était « ce que nous t’avons demandé, » et que « tu nous a révélé ».

   Verset 24. Après cela, Daniel se rendit auprès d’Arjoc, à qui le roi avait ordonné de faire périr les sages de Babylone ; il alla, et lui parla ainsi : Ne fais pas périr les sages de Babylone ! Conduis-moi devant le roi, et je donnerai au roi l’explication.

   La première requête de Daniel est pour les sages de Babylone. Ne les détruis pas, parce que le secret du roi est révélé. Il est vrai que ce ne fût pas par leurs mérites ou leurs systèmes païens de divination que cette révélation eu lieu ; ils méritaient la même condamnation qu’avant. Mais la confession de leur impuissance totale dans ce domaine était suffisamment humiliante pour eux, et Daniel était soucieux de les faire participer aux bénéfices de ses révélations, afin de préserver leurs propres vies. C’est ainsi qu’ils furent sauvés parce qu’un homme de Dieu se trouvait parmi eux. Et c’est toujours ainsi. C’est grâce à Paul et Silas que tous les prisonniers furent libérés. Actes 16 : 26. Grâce à Paul, les vies de tous ceux qui avaient embarqué avec lui furent sauvées. Chapitre 27 : 24. C’est ainsi que les méchants bénéficient de la présence des justes. Il serait bon qu’ils se souviennent des obligations qui sont les leurs. Qu’est-ce qui sauve le monde aujourd’hui ? Pour qui est-il toujours préservé ? – Pour la vie des quelques personnes justes qui restent encore. Supprimez-les, et combien de temps les méchants pourraient-ils suivre leur voie coupable ? – Pas plus longtemps que les antédiluviens ne furent tolérés après que Noé fut entré dans l’arche, ou que les Sodomites, après que Lot eu quitté leur présence polluée et polluante. Si seulement dix justes avaient été trouvés dans Sodome, la multitude de ses méchants habitants aurait été sauvée pour eux. Et pourtant, les méchants mépriseront, ridiculiseront et oppresseront ceux mêmes par qui il leur est encore permis de jouir de la vie et de toutes ses bénédictions.

   Verset 25. Arjoc conduisit promptement Daniel devant le roi, et lui parla ainsi : J’ai trouvé parmi les captifs de Juda un homme qui donnera l’explication.

   Les ministres et les courtiers on toujours pour caractéristique de se faire bien voir auprès de leur souverain. C’est ainsi qu’Arjoc laissa croire qu’il avait trouvé un homme à même de faire connaître l’interprétation désirée ; comme si, avec un grand désintéressement pour le roi, il avait cherché quelqu’un à même de résoudre sa difficulté, et l’avait finalement trouvé. Pour dévoiler la tromperie de cet exécuteur en chef, le roi n’avait qu’à se souvenir, comme il le fit certainement, de son entretien avec Daniel et de la promesse de ce dernier de lui donner l’interprétation du rêve, si du temps lui était accordé.

   Verset 26. Le roi prit la parole et dit à Daniel, qu’on nommait Beltschatsar : Es-tu capable de me faire connaître le songe que j’ai eu et son explication ? 27. Daniel répondit en présence du roi et dit : Ce que le roi demande est un secret que les sages, les astrologues, les magiciens et les devins, ne sont pas capables de découvrir au roi. 28. Mais il y a dans les cieux un Dieu qui révèle les secrets, et qui a fait connaître ce qui arrivera.

   Es-tu capable de faire connaître le rêve ? fut la salutation dubitative du roi à Daniel, alors qu’il entra dans sa présence. Malgré le fait qu’il connaissait déjà Daniel précédemment, le roi semble avoir remis en question la capacité de cet homme si jeune et inexpérimenté, de révéler une chose que les magiciens et les devins, âgés et vénérés, n’avaient absolument pas pu mettre en lumière. Daniel déclara clairement que les sages, les astrologues, les devins et les magiciens ne pouvaient pas faire connaître ce secret. Cela était au-delà de leur puissance. C’est pourquoi le roi ne devait pas être en colère contre eux, ni mettre sa confiance dans leurs superstitions inefficaces. Il s’attèle alors à faire connaître le vrai Dieu, qui règne dans les cieux, et est le seul qui puisse révéler les secrets. Et c’est lui, affirme Daniel, qui révèle au roi Nébucadnetsar ce qui se passera dans les derniers jours.

   Verset 29. Sur ta couche, ô roi, il t’est monté des pensées touchant ce qui sera après ce temps-ci ; et celui qui révèle les secrets t’a fait connaître ce qui arrivera. 30. Si ce secret m’a été révélé, ce n’est point qu’il y ait en moi une sagesse supérieure à celle de tous les vivants ; mais c’est afin que l’explication soit donnée au roi, et que tu connaisses les pensées de ton cœur.

   On peut saluer ici un autre trait de caractère de valeur dans le caractère de Nebucadnetsar. Contrairement à certains dirigeants, qui écoulent le présent dans la folie et la débauche sans égard pour le futur, il pensait plus loin, aux jours à venir, avec un désir anxieux de savoir de quels événements ils devaient être remplis. Nul doute, son objectif dans tout cela était de mieux savoir comment sagement améliorer le présent. C’est la raison pour laquelle Dieu lui accorda ce rêve, que nous devons considérer comme un signe de la faveur divine envers le roi, alors qu’il y avait de nombreux autres moyens par lesquels la vérité à ce sujet aurait pu être révélée, tout en rendant la même gloire au nom de Dieu et en assurant le bien de son peuple de cette époque et de celle des générations à venir. Dieu n’allait pourtant pas travailler pour le roi indépendamment de son propre peuple ; ainsi, bien qu’il donna le songe au roi, il envoya l’interprétation au travers de l’un de ses propres serviteurs reconnus. Tout d’abord, Daniel a décliné tout mérite personnel dans cette révélation, puis pour modifier quelque peu les sentiments d’orgueil auxquels le roi aurait naturellement été enclin devant une tel égard de la part du Dieu du ciel, il l’informa indirectement que même si le rêve lui avait été donné, ce n’était pas uniquement pour lui que son interprétation était envoyée, mais pour ceux par qui il serait révélé. Ah ! Dieu avait là des serviteurs, et c’était pour eux qu’il œuvrait. Ils ont plus de valeur à ses yeux que les plus puissants rois et potentats de la terre. Si ce n’avait pas été pour eux, le roi n’aurait jamais eu l’interprétation de son rêve, et probablement pas même le rêve en question. Ainsi, lorsque l’on considère leur source, toutes les faveurs répandues sur les hommes sont redevables à la bienveillance de Dieu pour ses propres enfants. Combien exhaustif fut l’œuvre de Dieu dans cette situation. Dans cette seule action de révéler le rêve du roi à Daniel, il accomplit les objectifs suivants :  (1) Il révéla au roi les choses qu’il souhaitait connaître ; (2) Il sauva ses serviteurs qui avaient confiance en lui ; (3) Il mit clairement en évidence la connaissance du vrai Dieu devant la nation Chaldéenne ; (4) Il déversa sa colère sur les faux systèmes des devins et des magiciens ; et (5) Il honora son propre nom, et exalta ses serviteurs à leurs yeux.

   Verset 31. O toi, tu regardais, et tu voyais une grande statue ; cette statue était immense, et d’une splendeur extraordinaire ; elle était debout devant toi, et son aspect était terrible. 32. La tête de cette statue était d’or pur ; sa poitrine et ses bras étaient d’argent ; son ventre et ses cuisses étaient d’airain ; 33. Ses jambes, de fer ; ses pieds, en partie de fer et en partie d’argile. 34. Tu regardais, lorsqu’une pierre se détacha sans le secours d’aucune main, frappa les pieds de fer et d’argile de la statue, et les mit en pièces. 35. Alors le fer, l’argile, l’airain, l’argent et l’or, furent brisés ensemble, et devinrent comme la balle qui s’échappe d’une aire en été ; le vent les emporta, et nulle trace n’en fut retrouvée. Mais la pierre qui avait frappé la statue, devint une grande montagne, et remplit toute la terre.

   Nébucadnetsar, qui pratiquait la religion Chaldéenne, était un idolâtre. Une statue était un objet qui attirait spontanément son attention et lui imposait le respect. De plus, les royaumes terrestres qui, comme nous le verrons plus tard, furent représentés par cette statue, avaient une grande valeur à ses yeux. Son esprit n’étant pas illuminé de la lumière de la révélation, il n’était pas prêt à évaluer avec justesse la richesse et la gloire terrestres, et à considérer les gouvernements terrestres sous leur véritable jour. D’où l’harmonie remarquable entre la valeur qu’il accordait à ces choses, et l’objet par lequel elles étaient  symbolisées devant lui. Elles lui étaient représentées sous la forme d’une grande statue, qui était à ses yeux un objet de grande valeur imposant l’admiration. En ce qui concerne Daniel, les choses étaient toutes différentes. Il était capable de voir à leur juste lumière toute grandeur et gloire n’ayant pas été construites sur la faveur et l’approbation de Dieu ; et c’est pourquoi ces mêmes royaumes terrestres lui furent plus tard montrés (voir chapitre 7) sous la forme de bêtes sauvages cruelles et voraces.

   Mais avec quelle adaptation admirable cette représentation devait  véhiculer une vérité grande et nécessaire à la pensée de Nébucadnetsar. Outre le fait de délimiter le déroulement des événements sur toute l’histoire à venir pour le bénéfice de son peuple, Dieu allait montrer à Nébucadnetsar le vide total et le néant de la pompe et de la gloire terrestre. Et comment cela aurait-il pu être réalisé autrement que par une statue commençant par le plus précieux des métaux, et passant par étapes successives à des métaux moindres, jusqu’à finalement trouver la plus grossière et la plus vulgaire des matières – le fer mêlé d’argile, – toi le tout alors brisé en morceaux et rendu semblable à de l’ivraie sans valeur, mais plus légère que la vanité et finalement emportée à tous vents, après quoi quelque chose de durable et d’une valeur céleste occupe sa place ? C’est ainsi que Dieu allait montrer que les royaumes de la terre finiraient par s’envoler, et que la grandeur et la gloire terrestres, telles une bulle de savon qui frappe les yeux, finiraient par se briser et disparaître ; et le royaume de Dieu, prenant la place si longtemps usurpée par ces derniers, serait établi à jamais, donnant pour toujours un asile sous ses ailes de paix à tous ceux qui s’y intéressent. Mais c’est là de l’anticipation.

   Verset 36. Voilà le songe. Nous en donnerons l’explication devant le roi. 37. O roi, tu es le roi des rois, car le Dieu des cieux t’a donné l’empire, la puissance, la force et la gloire ; il a remis entre tes mains, en quelque lieu qu’ils habitent, les enfants des hommes, les bêtes des champs et les oiseaux du ciel, et il t’a fait dominer sur eux tous ; c’est toi qui es la tête d’or.

   Maintenant s’ouvre l’un des chapitres les plus sublimes de l’histoire humaine. Huit courts versets des écrits inspirés en relatent tout le développement, mais toute l’histoire de la pompe et de la puissance de ce monde est englobée dans ce récit. Quelques instants suffiront à le rappeler à la mémoire et pourtant, la période qu’il recouvre, débutant il y a plus de vingt-cinq siècles, s’étend de ce passé lointain au-delà de la montée et de la chute des royaumes, au-delà de l’établissement et du renversement des empires, au-delà des cycles et des époques, au-delà de nos propres jours, jusque dans le royaume éternel. Ce récit est si exhaustif qu’il embrasse tout cela et pourtant, il est si condensé qu’il nous donne toutes les grandes lignes des royaumes terrestres de cette époque à la nôtre. La sagesse humaine n’a jamais conçu un texte aussi court couvrant tant de choses. Le langage humain n’a jamais exprimé en si peu de mots un volume si important de vérité historique. Le doigt de Dieu est là. Retenons bien la leçon.

   Avec quel intérêt et quel étonnement le roi a-t-il dû écouter, lorsque le prophète l’informa qu’il était la tête d’or de la magnifique statue qu’il avait vue – le roi étant ici mentionné à la place de son royaume (voir le verset suivant). Les rois de l’époque étaient reconnaissants pour le succès ; et lorsqu’ils prospéraient, la divinité de tutelle à laquelle ils attribuaient leur succès était l’objet adorable sur lequel ils déversaient sans compter leur plus riches trésors et auquel ils accordaient le meilleur de leurs dévotions. Daniel informe indirectement le roi que dans ce cas tout cela est dû au Dieu du ciel, puisque c’est lui qui lui a donné son royaume et l’a fait régner sur tous. Cela devait le restreindre devant l’orgueil de penser qu’il avait atteint cette position par sa propre puissance et sa propre sagesse, et faisait appel à la gratitude de son cœur pour le vrai Dieu.

   Le royaume de Babylone, qui s’est finalement développé en la tête d’or de la grande statue historique, fût fondé par Nimrod, l’arrière petit-fils de Noé, plus de deux mille ans avant Christ. Gen. 10 : 8-10 : « Cush engendra aussi Nimrod, c’est lui qui commença à être puissant sur la terre. Il fut un vaillant chasseur devant l’Eternel ; c’est pourquoi l’on dit : Comme Nimrod, vaillant chasseur devant l’Eternel. Il régna d’abord sur Babel [note, Babylone], Erec, Accad et Calné, au pays de Schinear. (Voir les notes sur Gen. 10 : 11, et l’encyclopédie Johnson, art. Syrie)[2]. L’esquisse suivante de l’histoire de Babylone, tirée de l’encyclopédie universelle Johnson, s’accorde sur les autorités les plus récentes sur le sujet :

   « Aux alentours de 1270 av. J.-C., Les rois Assyriens se rendirent maîtres de la Chaldée, ou Babylonie, dont Babylone était la capitale. Ce pays fut plus tard dirigé par une dynastie Assyrienne de rois qui régnaient à Babylone, et faisaient parfois la guerre contre ceux qui régnaient réellement sur l’Assyrie. A d’autres moments, les rois de Babylone étaient tributaires de ceux d’Assyrie. Plusieurs siècles se sont écoulés durant lesquels l’histoire de Babylone fut presque vierge. A l’époque de Tiglath-pileser d’Assyrie, Nabonassar accéda au trône de Babylone en 747 av. J.-C. Il est reconnu pour l’ère chronologique portant son nom, et qui débuta en 747 av. J.-C. Aux alentours de 720, Merodach-baladan devint roi de Babylone, et envoya des ambassadeurs à Ezéchias, roi de Juda (voir 2 Rois 20, et Esaïe 39). Quelques années plus tard, Sargon, roi d’Assyrie, eut la victoire sur Merodach-baladan et l’expulsa de son trône. Sennachérib compléta la sujétion de Babylone qu’il annexa à l’empire Assyrien aux environs de 690 av. J.-C. La conquête de Ninive et la subversion de l’empire Assyrien qui eut lieu aux alentours de 625 av. J.-C., par Cyaxare le Mède, et son allié Nabopolassar, le gouverneur rebelle de Babylone, permit à ce dernier de fonder l’empire Babylonien, qui fut le quatrième des ‘Cinq Grandes Monarchies’ de Rawlinson, et incluait la vallée de l’Euphrate, la Séleucie, la Syrie, et la Palestine. Son règne dura environ 21 ans, et était probablement pacifique, alors que son histoire est presque vierge ; mais en 605 av. J.-C. son armée renversa Nékao, roi d’Egypte, qui avait envahi la Syrie. Son fils plus célèbre Nébucadnetsar lui succéda (604 av. J.-C.), il fut le plus grand des rois de Babylone.

   Jérusalem fut prise par Nébucadnetsar durant la première année de son règne, et la troisième année de Jojakim, roi de Juda (Dan. 1 : 1), 606 av. J.-C. Nébucadnetsar régna deux ans conjointement avec son père, Nabopolassar. Les Juifs ont pris ce moment comme point de départ de son règne, tandis que les Chaldéens ont choisi la date où il commença à régner seul, 605 av. J.-C., comme mentionné plus haut. En respectant les successeurs de Nébucadnetsar, l’autorité citée ci-dessus ajoute :

   « Il mourut en 561 av. J.-C., et son fils Evil-Mérodach lui succéda, il ne régna que deux ans. Nabonide (ou Labynetus), qui devint roi en 555 av. J.-C. forma une alliance avec Crésus contre Cyrus le Grand. Il semble avoir partagé le pouvoir royal avec son  fils, Beltschatsar, dont la mère était une fille de Nébucadnetsar. Cyrus assiégea Babylone, qu’il prit par ruse en 538 av. J.-C., et avec la mort de Beltschatsar, qui fut tué par les perses, le royaume de Babylone prit fin. »

A suivre…

Uriah Smith, Daniel and the Revelation, p. 32-46.

Traduit à partir de la version originale de 1907.

 

Les bienfaits du soleil

   La lumière du soleil, comme aussi la lumière électrique, se compose de rayons calorifiques, lumineux et chimiques. En traversant un prisme, la lumière se divise en sept couleurs visibles à l’œil nu : violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé, rouge. Elle renferme aussi des rayons invisibles à l’œil nu, comme les rayons ultraviolets, les rayons X, et ceux émis par le radium et d’autres corps radioactifs.

   Les rayons rouges, orangés et jaunes sont calorifiques. Ils activent les glandes sudoripares, hâtent la guérison des plaies, des ulcères et des éruptions et stimulent le système nerveux.

   Les rayons bleus, indigo et violets produisent plutôt des effets chimiques et analytiques. Ils décomposent les sels photographiques et autres, détruisent les microbes et sont sédatifs et antinévralgiques. Les rayons ultraviolets font cela avec encore plus d’intensité. Ils constituent un stimulant merveilleux des fonctions cutanées, particulièrement de leur faculté défensive contre les microbes. Ils provoquent la pigmentation, une réaction qui permet de mesure l’intensité de la défense. C’est sous l’effet des rayons ultraviolets que l’homme transforme l’ergostérol de la peau en vitamine D. Ainsi, si vous si vous souffrez d’un manque de vitamine D, passez du temps au soleil et cela transformera le cholestérol en vitamine D. Le soleil est donc la protection naturelle contre le rachitisme.

   Pour que le foie puisse transformer le carotène en vitamine A, il faut l’excitation de la rétine par la lumière. Il en est de même pour l’élaboration de certaines hormones de l’hypophyse.

   La lumière accroît les oxydations dans l’organisme, d’où la coloration rosée et la fermeté des chairs des individus vivant au grand air. L’obscurité prolongée est une cause d’anémie.

Divers bienfaits

Le soleil :

- Normalise les fonctions cardiaques, en permettant à l’électrocardiogramme d’être amélioré.

- Baisse la tension artérielle

- Ralentit le pouls au repos (au lieu d’être à 70 battements à la minute, le pouls sera de 60 battements)

- Le cœur pompe plus de sang à la fois

- Baisse le taux de mauvais cholestérol

- Permet d’augmenter le taux de glycogène contenu dans le foie. (Le glycogène est un glucide qui forme une réserve destinée à se transformer en glucose suivant les besoins de l’organisme.)

- En cas d’hypoglycémie, le soleil permet de réguler le taux de glucose dans le sang, de même qu’en cas d’hyperglycémie.

 Permet d’avoir plus d’énergie, d’endurance et de force musculaire. C’est pour cela que l’on conseille de pratiquer un exercice à l’extérieur et non en salle.

- Contrôle la production de mélatonine, qui est une hormone sécrétée par une glande, et dont l’un des atouts est de rendre le sommeil plus facile.

- Augmente la résistance du corps aux infections ( le nombre de lymphocytes (globules blancs) en est plus élevé.) Ainsi le système immunitaire est renforcé.

- De même, les globules rouges transportent plus d’oxygène, ce qui fait que le sang est plus pur.

- Augmente l’adrénaline dans les tissus, ainsi que la tolérance au stress.

- Augmente la résistance de la peau à l’infection

- Il donne à la peau une belle couleur, ce qui n’est pas négligeable.

- Permet d’avoir une stabilité émotionnelle.

 

Le temps au soleil

Différents facteurs affectent la durée de temps que vous devriez passer au bain de soleil :

- La sensibilité de votre peau

- La couleur de votre peau

- L’heure à laquelle vous prenez votre bain de soleil

- La saison

- La localisation sur la planète

- L’altitude – plus vous êtes haut dans l’atmosphère,  moins vous avez de protection contre les rayons du soleil

- Environnement

- La position du corps ainsi que la partie exposée

   Il faut savoir qu’une exposition trop longue au soleil et sur certaines parties du corps, peut avoir pour effet une augmentation des risques de cancers.

   Il nous faut être tempérants en toutes choses. Il est préférable de passer 20 minutes au soleil chaque jour, en pratiquant un exercice, que ce soit la marche, le vélo ou encore, pour ceux qui aiment, le jardinage.

   Cependant, une état de santé chronique peut nécessiter un programme thérapeutique. Ainsi on donnera aux patients la possibilité de s’étendre 3 minutes tout d’abord, puis plus longtemps, au soleil, avec le moins de vêtements possible.

 

Leçon spirituelle

   De même que nous avons besoin du soleil pour vivre, il nous faut élever nos regards vers le Soleil de Justice : Jésus-Christ, ce qui nous procurera une bonne santé spirituelle.

   De même que la fleur se tourne vers le soleil, nous devons nous tourner vers le soleil de justice.

 

Ellen White et le soleil

   La vie en plein air est bénéfique pour le corps et l’esprit. Il s’agit du remède de Dieu pour le rétablissement de la santé. L’air pur, une eau bienfaisante, le soleil, le bel environnement de la nature – tout cela sont Ses moyens pour redonner la santé aux malades, d’une manière naturelle. S’allonger au soleil ou à l’ombre des arbres est, pour les malades, d’une plus grande valeur que l’or ou l’argent. Counsels on Health p.166

   Les malades se privent trop souvent de soleil. C’est un des agents de guérison que la nature procure à l’homme. … La mode prend le plus grand soin d’exclure la lumière du soleil du salon et des chambres à coucher avec des doubles rideaux et des volets, comme si ses rayons pouvaient causer la ruine de la vie et de la santé. … Enlevez vos doubles rideaux, ouvrez vos fenêtres, repoussez les stores et appréciez le soleil, même si cela doit être au prix de la couleur de vos tapis. Le précieux soleil peut les déteindre, mais il donnera une belle couleur aux joues de vos enfants. Si vous avez la présence de Dieu et possédez des cœurs aimants et sincères, une maison humble rendue lumineuse par l’air et le soleil, et joyeuse par une hospitalité désintéressée, sera pour votre famille et pour le voyageur fatigué un paradis sur terre. Testimonies, vol. 2 p.527

   L’exercice physique et un libre et abondant usage de l’air et des rayons du soleil – ces bienfaits que Dieu accorde à tous les hommes – peuvent, dans de nombreux cas, rendre vie et forces aux malades amaigris. Conseils sur la Nutrition et les Aliments p.356

   La vigueur décline à mesure que les années s’écoulent, laissant moins de vitalité pour résister aux influences malsaines ; c’est pourquoi il faut aux vieillards beaucoup de soleil et d’air pur. Foyer Chrétien p.142

   Le soleil est le médecin de Dieu, qui apporte la santé et la vigueur, purifiant et donnant la couleur au sang, et nous en avons besoin. The Australian years, vol. 4, p 439

   Chaque pièce de nos demeures devrait être largement ouverte quotidiennement aux sains rayons du soleil, et l’air purificateur devrait être invité à entrer. Cela sera un moyen de prévenir les maladies. Healthful Living  p. 229

 

Bénéfices mentaux et émotionnels

   Peu d’entre nous réalisent que pour être à même d’apprécier la santé et la bonne humeur, ils leur faut du soleil, l’air pur et l’exercice physique en abondance. Nous avons compassion des petits enfants qui sont gardés à l’intérieur alors que le soleil brille magnifiquement dehors. My Life Today p. 138

   Une propreté méticuleuse, une abondance de soleil et le respect des principes sanitaires dans tous les détails de la vie familiale sont essentiels à la santé et au bonheur des habitants de la maison. Ministère de la Guérison p. 233

   En jouant au soleil et à l’air frais, les enfants obtiendront la santé et la force de l’esprit et du corps. Ils seront avantagés aussi bien spirituellement que physiquement. Signs of the Times, 23 Février 1903


  

Histoire pour les enfants

Sauvée de la gueule du tigre

- J’aimerais rentrer chez moi, dit le jeune et fort Gurkha. Dans le village de mon père il n’y a pas d’instituteur qui puisse parler du Christ au peuple. Tous adorent des idoles de bois et de pierre. Je dois y aller et leur annoncer la Parole de Dieu.

- Que va penser ta femme de ta nouvelle foi, Sitaram ? Tu es chrétien à présent ; tu ne seras peut-être pas le bienvenu parmi ton peuple.

- C’est vrai, maître ; cependant, je dois rentrer.

- Alors va, et que Dieu t’accompagne et te protège.

- Merci, dit Sitaram.

   Il salua le missionnaire en s’inclinant. Puis il se prépara pour le long voyage vers la Birmanie où sa femme et sa petite fille l’attendaient à la ferme familiale.

   Sitaram était un Gurkha du Népal. Mais il avait presque toujours vécu en Birmanie où son père s’était installé peu après sa naissance. Les missionnaires chrétiens n’étaient pas bien accueillis au Népal, mais des stations s’étaient établies près de la frontière, et souvent, lorsque les hommes descendaient des montagnes, ils entendaient prêcher l’Evangile dans leur propre langue par les chrétiens qui témoignaient et prêchaient lors des fêtes ou sur les marchés.

   Sitaram était venu en Inde après avoir visité ses grands-parents au Népal. Là, il avait entendu parler du Christ et il s’était tellement intéressé au message qu’il passa quelques mois à la mission, apprenant à lire sa propre langue. Son zèle et sa soif d’apprendre réjouissaient le cœur des missionnaires. Cependant ils craignaient de le laisser aller rejoindre son peuple. Combien de temps pourrait-il continuer à adorer le vrai Dieu ?

   Le matin suivant Sitaram se mit en route pour la Birmanie, où sa famille élevait du bétail, vendait du lait et du beurre, et observaient les anciennes traditions du pays.

   Le jeune Gurkha prit le bateau de Calcutta à Rangoon ; ensuite, le train qui se lançait à l’assaut de la montagne ; puis, un autobus délabré. Finalement, il parcourut à pied les quelques kilomètres qui le séparaient encore de son village.

   Les membres de sa famille furent heureux de le revoir. Ils rirent et se réjouirent avec lui tandis qu’il racontait toutes les nouvelles du Népal. Tout se passa bien jusqu’à ce que sa mère commence à préparer le repas du soir. Sitaram l’observait avec un regard plein de tendresse et d’inquiétude. Il savait que le message dont il devait faire part à son peuple susciterait du chagrin, en tout cas au début. Cependant il ne pouvait manger avec eux avant de leur avoir dit qu’il était chrétien. Souper ensemble les obligerait à transgresser les lois de leur caste : il ne voulait pas qu’il en fût ainsi. Alors, avant que la nourriture soit disposée devant lui, il parla :

- Mon Père, dit-il courtoisement, pendant que j’étais en Inde, j’ai rencontré quelqu’un qui m’a parlé du vrai Dieu, qui n’est pas comme ces dieux dont on nous a enseigné à adorer les images. Il est le Dieu tout-puissant qui a créé le soleil et les étoiles. Il a déclaré que tout homme devrait se détourner des idoles et le prier lui seul. Père, j’ai donné mon cœur à ce divin Maître. Je suis chrétien.

- Ne dis pas cela, mon fils, s’écria le père. Ne me dis pas que tu as transgressé les lois de notre caste. N’insulte pas les dieux de ta famille. D’où viennent ces folies ?

- Ce ne sont pas des sottises, mon père. C’est la vérité que je vous apporte. Regardez, tout est écrit dans ce Livre que je vais vous lire.

   Le père examina le Livre aux étranges caractères.

- Que puis-je faire avec un tel Livre ? demanda-t-il. Il ne parle pas ma langue.

- Oh si ! dit Sitaram. Ecoute, père.

   Et ouvrant le Livre à Jean 3 : 16, il lui : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… »

- Il parle notre langue, s’écrièrent en chœur les villageois qui s’étaient pressés à la porte en entendant la voix du père s’élever contre son fils.

- Mais il ment, intervint le prêtre du village en se glissant dans l’abri. (Les Gurkhas vivent à l’extrémité de longs hangars qui abritent leurs vaches.) Il ment. N’écoute pas, mon peuple. Ne fais pas descendre sur nous la colère des dieux.

- Sors de cette maison, hurlèrent les frères de Sitaram en le poussant vers la porte. Et vous aussi, crièrent-ils à Beta, sa femme, et à la petite Soonjie, sa fille, qui, effrayée, avait saisi le sari de sa mère.

   Sitaram et les siens quittèrent donc le toit paternel et s’installèrent tant bien que mal dans un hangar vide aux confins du village. C’était un endroit solitaire, et lorsque la nuit tombait, Soonjie avait peur.

- Ne crains point, disait gentiment son père. Notre Dieu prendra soin de nous. Il nous aime.

- Mon mari, dit Beta, si ton Dieu nous aime tant, pourquoi a-t-il permis que notre famille nous mette à la porte ? Pourquoi devons-nous vivre dans ce hangar délabré ?

- Dieu nous aime, mais il faut laisser à notre peuple le temps de se rendre compte de son amour.

- Et comment ? demanda Beta. Ils ne t’écouteront pas.

- Ah ! dit Sitaram, quelques-uns viendront seulement pour apprendre à lire, mais d’autres écouteront les messages que le Livre transmettra à leur cœur.

   Et cette prédiction s’accomplit. Le soir suivant quelqu’un frappa à la porte. Un jeune homme s’était glissé jusqu’au hangar, en secret.

- Je veux apprendre à lire, dit-il. Je t’en prie, instruis-moi.

   Sitaram se mit à enseigner la lecture à Abdul. Le lendemain soir, un deuxième, puis un troisième, se glissèrent vers la hutte solitaire aux confins de la jungle. Peu à peu, les simples mots du Livre commencèrent à les toucher.

   Le prêtre en entendit parler, et il se mit en colère :

- Faites attention, dit-il au peuple. Le malheur va frapper cet instituteur. Il regrettera tous les jours d’avoir provoqué le déplaisir de nos dieux.

   Le peuple observa et attendit. Le jour, le jeune instituteur s’occupait de ses vaches, et le soir il s’asseyait près de la lampe à huile et enseignait les villageois qui venaient à lui. Bientôt, l’alphabet Gurkha ne fut plus une énigme pour de nombreuses personnes. Les hommes commençaient à bien lire. Le Livre, petit à petit, leur parlait.

- Attendez, disait rageusement le prêtre. Les dieux auront leur revanche.

   Les gens attendirent – quelques-uns dans la crainte, car ils aimaient le jeune instituteur et sa famille ; d’autres en colère contre celui qui avait osé transgresser les lois de la caste et se moquer des traditions anciennes.

   Près du village se trouvait une source. Chaque après-midi, les jeunes filles venaient y chercher de l’eau pour leur mère. Soonjie allait toujours la dernière à la source. Les autres filles se moquaient d’elle et la traitaient de tous les noms parce que son père adorait un Dieu étranger. Aussi attendait-elle que toutes aient rempli leur jarre et commencent à monter vers le village. Alors elle se précipitait vers la source et remplissait sa jarre en toute hâte, de peur que la nuit tombe et la surprenne avant qu’elle soit en sûreté à la maison.

   Un jour, un Gurkha avertit les anciens du village :

- J’ai vu le « mangeur d’hommes » !

- Où était-il ? demandèrent-ils avec émotion.

- En bas, près de la source.

   Tous les hommes descendirent en troupe vers l’eau et virent les traces profondément marquées dans le sol humide du grand tigre mangeur d’hommes. Ils pouvaient voir l’endroit où il s’était arrêté pour boire et celui où il avait sauté au-dessus de la source pour s’éloigner par le sentier opposé. Ils rentrèrent et passèrent la soirée à aiguiser de longs pieux de bambou. Le matin suivant, les pieux furent rassemblés près de la source et plantés dans le sol humide là où les traces montraient que le tigre pourrait toucher terre s’il sautait à nouveau par-dessus la source. C’était un piège très simple pour attraper les animaux sauvages, mais il était souvent efficace.

   Personne se s’attendait à ce que le tigre vienne en plein jour. Cet après-midi-là, les jeunes filles se rendirent donc à la source comme d’habitude. Elles rirent et jouèrent tout en remplissant leurs jarres et elles dansèrent en remontant la colline, ignorant que le tigre les guettait dans les hautes herbes. Il ne bondit pas sur elles, car elles étaient nombreuses et se tenaient toutes ensemble.

   Très tôt, le matin de ce même jour, Sitaram avait été surpris de trouver quelques-uns de ses élèves attendant à la porte.

- Que voulez-vous ? avait-il demandé.

- Nous avons pensé qu’il était mal de venir en secret. Nous avons décidé de nous conduire en hommes et t’écouter ouvertement nous parler de Dieu, répondirent-ils.

- Oh venez ! dit Sitaram avec joie. Nous étions sur le point de commencer notre culte matinal.

   Ils entrèrent et s’agenouillèrent avec la petite famille pour prier Dieu. Aucune idole dans cette humble demeure, même pas une image. Il n’y avait que le Livre dans lequel  Sitaram avait lu avant la prière. Mais le Livre parla à leur cœur. Et ils furent émus lorsque Sitaram pria : « Garde chacun de nous dans ton amour. »


   Lorsque les autres fillettes eurent remonté la colline, Soonjie prit sa jarre et se dirigea vers la source. Elle ne vit pas le tigre sur le point de bondir, caché par les hautes herbes qui ondulaient sous le vent. Cependant elle avait peur. La jungle lui semblait plus hostile que d’habitude. Elle se souvint des paroles de son père : « Dieu nous aime et il est toujours près de nous. »

   Soonjie s’agenouilla pour plonger sa jarre dans la source. Elle trembla soudain en voyant les grandes ombres noires s’allonger sur l’eau. « Je vais prier, se dit-elle, le Dieu de mon père m’entendra. »

   Elle s’inclina très bas comme le font les Hindous pour prier. Elle pressa ses paumes contre terre puis son front sur ses mains. Elle ferma les yeux et murmura : « Merci mon Dieu, je sais que tu m’aimes aussi. »

   Lorsque le tigre vit Soonjie s’agenouiller en lui tournant le dos pour remplir sa jarre, il s’élança vers sa tête. Mais au même moment la petite fille avait posé son front sur les mains pour prier. Dans son élan, l’animal passa au-dessus d’elle et alla atterrir sur les bambous pointus que les villageois avaient plantés.

   Soonjie entendit tomber le fauve. Elle leva la tête et vit le grand tigre mangeur d’homme empalé sur les pieux.

- Père ! s’écria-t-elle.

   Oubliant sa jarre, elle se mit à courir aussi vite que possible vers la maison.

- Père ! Père ! Dieu était là tout le temps. Il m’a sauvée !

   Les villageois entendirent ses cris. Ils sortirent de leurs huttes et se précipitèrent au bas de la colline. Lorsqu’ils se rendirent compte de ce qui était arrivé, beaucoup tournèrent un visage très pâle vers le jeune instituteur.

- Oui, ton Dieu était là tout le temps, dirent-ils.

   Ils ajoutèrent :

- Apprends-nous à connaître le Livre qui parle au cœur. Nous voulons adorer le vrai Dieu. Et toi, enfant – ils s’adressaient gentiment à Soonjie – ton nom ne sera plus Soonjie, mais Chairma, car tu as été sauvée de la gueule du tigre.

   Chairma veut dire « Fille du tigre ».

 


[1] Ndt. Etant donné le contexte, l’auteur doit certainement se référer à la métaphysique, qui n’a rien de scientifique contrairement à science physique.

[2] Ndt. L’encyclopédie Johnson, ou « Johnson’s Cyclopedia, » était une encyclopédie connue du temps de l’auteur. Il y eut d’abord la « Johnson’s New Universal Cyclopedia » éditée en 1873, puis la « Johnson’s Cyclopedia, éditée en 1893.